En clair
Toutes les réponses aux questions essentielles de l’actu

Connectez-vous

Mot de passe oublié ?

Abonnez-vous !

Découvrez l'offre de lancement du Desk

60 DH
1 mois
Découvrir les offres
13.12.2020 à 17 H 47 • Mis à jour le 07.09.2021 à 03 H 02
Par

n°641.Avec quatre drones Sea Guardian armés, le Maroc compte s’imposer en Méditerranée occidentale

Outre l’aide économique promise par Washington et le potentiel de coopération avec Israël, le Maroc a obtenu en marge de l’accord trilatéral adoubé par Trump, de doter ses forces navales de quatre drones armés de dernière génération MQ-9B Sea Guardian. Cet équipement modifie quelque peu le rapport de force avec le voisinage et participe à la volonté affichée par Rabat de se hisser au rang de puissance régionale

C’est un des volets de l’accord stratégique conclu par le Maroc avec les Etats-Unis dans le cadre du deal trilatéral incluant la reconnaissance de sa souveraineté sur le Sahara Occidental et l’établissement de relations diplomatiques et commerciales avec Israël. La Marine royale sera dotée d’une des armes les plus sophistiquées, le MQ-9B Sea Guardian, un drone de dernière génération conçu par la firme d’armement General Atomics Aeronautical Systems, Inc.


L’administration du président sortant Donald Trump a transmis à cet effet au Congrès un avis au sujet de la vente de quatre exemplaires du fameux drone dans sa version marine dotés d’armes et munitions à guidage de précision Hellfire, Paveway et JDAM fabriquées par Lockheed Martin, Raytheon et Boeing, le tout pour une enveloppe globale d’environ un milliard de dollars.


Si les Forces armées royales ont pu se procurer quatre drones MQ-1 Predator non armés dans les années 2000 puis quatre Harfang (développés sur la base du Heron-1 israélien) vendus par la France, avec l’acquisition de la dernière née des « faucheuses » (Reaper), Rabat n’avait pas pu jusqu’à présent obtenir le must des drones armés américains qui peuvent mener des missions d’attaque au sol et en mer y compris contre des cibles sous-marines, d’observation, de reconnaissance et de surveillance du territoire, en raison du Régime de contrôle de la technologie des missiles (RCTM) très limitatif et contraignant. Or, en juillet, « l’administration Trump a décidé d’assouplir les restrictions qui s’imposaient aux industriels américains afin de ne plus laisser le champ libre à leurs homologues chinois », explique le site spécialisé Opex360.


Le MQ-9B dans ses deux versions Sky Guardian (air) et Sea Guardian (marine), dernier né de la gamme MALE (Moyenne Altitude Longue Endurance) des MQ-9 du constructeur General Atomics dispose dans version armée des missiles AGM-114R Hellfire, d’un radar à ouverture synthétique Lynx (ou d’un radar de surveillance maritime SeaVue), d’une boule optronique Wescam MX-20 et d’une nacelle Sage 750 qui permet d’identifier et de suivre les émissions radars. Son endurance peut être supérieure à 40 heures en fonction de la charge utile.


Cette nouvelle génération d’aéronefs pilotés à distance (RPA) compatibles avec les dispositifs de l’OTAN « permet de conduire des opérations couvrant l’intégralité des opérations multi-domaines », explique la revue Air &  Cosmos  : Il peut évoluer dans des espaces aériens non ségrégués, à se mettre en réseau avec d’autres systèmes aériens, maritimes, terrestres et offre une flexibilité d’emploi unique et décisive. « Si le soutien aux forces terrestres conventionnelles et spéciales reste une mission essentielle des RPA, l’extension de leur emploi dans le domaine maritime, et dans des environnements moins permissifs (phases de pré conflictuelles), voire dans le cadre d’une guerre à haute intensité, est devenu une priorité », analyse la revue spécialisée.


Un objectif de suprématie face à l’Espagne et l’Algérie

Rabat vient donc de faire son entrée dans le club très fermé des utilisateurs des MQ-9 armés : le Royaume-Uni, la Belgique, l’Inde, Taïwan ou encore les Émirats arabes unis en ont également commandé. L’Espagne ou l’Italie en disposent mais pas armés.


Mais pour quel usage par le Maroc, sachant qu’il s’agit de quatre drones Sea Guardian et non pas la version Sky Guardian servant essentiellement outre à des opérations classiques de surveillance ou d’attaque ciblées à la sécurité intérieure des Etats, au maintien de la paix, à la contre-insurrection, et aux opérations antiterroristes ?


Les côtes marocaines s’étendent sur 3 500 km sur deux flancs. Du nord au sud, jusqu’à la Mauritanie, la façade atlantique ne constitue pas à priori un axe de menace pour le pays, l’enjeu stratégique ici est davantage lié à la lutte contre l’immigration clandestine, notamment vers les Canaries qui connaît un regain d’afflux des migrants, et contre le trafic de drogue recrudescent dans la zone sud jusqu’aux confins de Lagouira. Là encore, la Marine royale et la Gendarmerie royale (qui attend la livraison d’hélicoptères Sikorsky S-92 très prisés par les garde-côtes) disposent de moyens relativement suffisants malgré l’étendue du littoral, mais on peut supposer que l’ambition du royaume de développer de nouvelles infrastructures portuaires à l’instar du port de Dakhla Atlantique justifie une capacité de défense accrue…


C’est donc le second flanc qui revêt plus d’intérêt pour le type d’armement dont sera doté le Maroc : la côte Méditerranéenne qui s’étend de Tanger à la frontière orientale avec l’Algérie. La zone du Détroit de Gibraltar est l’une des plus stratégique au monde, c’est un passage très surveillé au sud de l’Europe en raison de son important flux de marchandises de son canal migratoire, mais aussi pour les capacités navales des puissances occidentales dont les Etats-Unis qui y maintiennent leur 6ème flotte de l’US Navy avec son port d’attache de Rota dans le sud de l’Espagne.


Depuis des années, le Maroc renforce d’ailleurs sa présence militaire navale dans la zone : base navale de Ksar Sghir et une flotte raffermie avec la frégate Mohammed VI de type FREMM.


L’Espagne est en concurrence avec les plans militaires ambitieux du Maroc avec quatre bases pleinement opérationnelles dans le nord du pays et trois projets de construction de nouvelles bases militaires à Guercif, Taourirt, Ksar El Kbir et Jbel Arruit. Ces deux dernières, en cours d’achèvement, contrôleront non seulement le Détroit de Gibraltar, mais vont contraindre l’Espagne à des concessions sur sa suprématie dans la zone, s’inquiétait encore récemment la presse espagnole, toujours alarmiste s’agissant des capacités et de la modernisation de l’armée marocaine toujours considérée comme une menace.


« Mohammed VI avait deux grandes ambitions ces dernières années : une victoire totale de son pays dans le conflit du Sahara occidental, et hisser le Maroc au rang de puissance régionale », analyse la chercheuse Khadija Mohsen-Finan dans une tribune à OrientXXI. Cette ambition, outre sur le plan économique s’accompagne par un effort militaire aussi budgétivore que conséquent. L’alliance stratégique aussi bien avec Washington qu’avec Israël participe à ce projet de règne.


Si le Maroc n’a jamais montré de velléités bellicistes, il entend jouer un rôle appuyé dans la région qui passe par les armes. Et pour imposer ses vues sur la géostratégie régionale (conflit du Sahara, tensions avec l’Algérie, rapport de force avec l’Espagne notamment sur les enclaves de Ceuta (Sebta) et Melilla, implication dans le bourbier libyen et au Sahel etc.), il compte ainsi s’imposer en Méditerranée occidentale comme d’autres puissances régionales telles la Turquie le font sur le côté oriental de la mare nostrum. Les quatre drones armés qu’il a obtenus dans le package de négociation trilatéral avec les Etats-Unis et Israël lui permettent assurément de faire un pas supplémentaire vers cet objectif.

©️ Copyright Pulse Media. Tous droits réservés.
Reproduction et diffusions interdites (photocopies, intranet, web, messageries, newsletters, outils de veille) sans autorisation écrite