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25.08.2025 à 02 H 11 • Mis à jour le 25.08.2025 à 10 H 11
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Nations-Unies

Sahara : Guterres alerte sur un « statu quo intenable » après 50 ans de conflit

Antonio Guterres, secrétaire général des Nations-Unies. Crédit : DR Antonio Guterres, secrétaire général des Nations unies. Crédit : DR
Le dernier rapport du Secrétaire général de l’ONU sur la question du Sahara occidental dresse un constat sévère : tensions militaires persistantes, crise humanitaire aggravée dans les camps de Tindouf et blocage politique. António Guterres appelle à une solution urgente, alors que l’approche marocaine gagne en soutien international

Dans son rapport remis le 31 juillet dernier à l’Assemblée générale des Nations unies, Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU, se dit « profondément préoccupé » par l’escalade des tensions et prévient que l’impasse ne peut perdurer alors que le différend approche de son cinquantième anniversaire. Le document de sept pages qui vient d’être rendu public couvre la période du 1er juillet 2024 au 30 juin 2025 et dresse un tableau sombre d’un conflit qui a résisté à plusieurs décennies d’efforts de médiation.


Les développements diplomatiques ont toutefois été marqués par de nouveaux soutiens au plan d’autonomie marocain : la France en juillet 2024, puis le Royaume-Uni en juin 2025, rejoignant une tendance déjà amorcée par les États-Unis et l’Espagne. Dans le même temps, la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) a jugé « illégaux » les accords agricole et halieutique entre l’UE et le Maroc, estimant que le consentement des populations locales n’avait pas été respecté. Rabat a rejeté cette décision, dénonçant des erreurs de droit et de fait.


L’offensive diplomatique de De Mistura

Le rapport insiste sur l’intensification des efforts de Staffan de Mistura, Envoyé personnel du Secrétaire général. Entre 2024 et 2025, il a multiplié les consultations : Rabat, Nouakchott, camps de Tindouf, Alger, mais aussi Bruxelles, Berlin, Londres, Paris, Rome, Ljubljana et Washington.


Ses briefings devant le Conseil de sécurité en octobre 2024 et avril 2025 ont reçu un « large soutien », traduisant une volonté internationale croissante de relancer le processus sous l’égide onusienne. De Mistura a aussi mobilisé le Groupe des amis du Sahara occidental – États-Unis, France, Espagne, Royaume-Uni et Russie – dans ce qui apparaît comme la plus soutenue des offensives diplomatiques de ces dernières années.


Escalade militaire et tensions régionales

Sur le terrain, les affrontements de basse intensité se sont multipliés près de Mahbas et d’Es-Semara. En novembre 2024, quatre roquettes sont tombées à proximité d’une cérémonie de commémoration de la Marche verte à Mahbas. En juin 2025, une nouvelle série de tirs a visé la région de Smara, à seulement 200 mètres d’un site de la Minurso.


Par ailleurs, des frappes présumées à l’est du berm ont causé la mort de plusieurs orpailleurs originaires du Mali, de Mauritanie et du Soudan, pour un total de onze victimes recensées selon des témoins. Ces incidents soulignent l’extension régionale du conflit et ses conséquences humanitaires au-delà du territoire.


Camps de Tindouf : une crise humanitaire aggravée

La section humanitaire du rapport est particulièrement alarmante. Dans les camps tenus par le Front Polisario à Tindouf, en Algérie, où vivent des dizaines de milliers de personnes, les coupes budgétaires des bailleurs ont conduit le Programme alimentaire mondial (PAM) à réduire ses rations alimentaires de 30 %. Résultat : la malnutrition aiguë touche 13 % des enfants et le retard de croissance dépasse 30 %.


L’ONU estime à 103,9 millions de dollars les besoins encore non financés pour 2025. Les enfants et les femmes sont les plus touchés, avec des répercussions directes sur l’éducation et les programmes de jeunesse. Certaines sources font état de la persistance de détournements d’aide et de la militarisation illégale d’enfants par le Polisario, aggravant la crise humanitaire.


Pour la première fois, la mission des donateurs de mai 2025 a intégré des acteurs du secteur privé afin de diversifier les financements, mais les mesures de confiance décidées depuis 1999 pour permettre des échanges familiaux demeurent suspendues.


Droits humains : blocages persistants

Depuis 2015, le Haut-Commissariat aux droits de l’homme n’a pu accéder au Sahara malgré les résolutions successives du Conseil de sécurité. Le rapport fait état d’une réduction de l’espace civique, d’entraves à la liberté d’expression et d’assemblée, notamment contre des femmes militantes.


Une communication envoyée en mars 2025 par des experts onusiens dénonçait des violations visant 79 militants sahraouis, ainsi que des expropriations liées à des projets côtiers. Le Maroc a nié ces accusations dans sa réponse officielle. Les prisonniers du groupe de Gdeim Izik demeurent dispersés dans différentes prisons, dans des conditions dénoncées comme préoccupantes par le Groupe de travail sur la détention arbitraire.


Vers un tournant diplomatique ?

Alors que l’Assemblée générale s’apprête à ouvrir sa 80ᵉ session, Guterres souligne que le « statu quo est intenable ». L’approche onusienne, appuyée par un nombre croissant de puissances occidentales, converge vers une solution « réaliste, pragmatique et durable », concept que plusieurs États assimilent désormais au plan d’autonomie marocain.


À l’heure où ce conflit territorial – le plus ancien d’Afrique – franchit le cap symbolique de cinquante ans, le Secrétaire général exhorte la communauté internationale à redoubler d’efforts. « Plus que jamais, il est urgent de parvenir à une solution politique juste, durable et mutuellement acceptable », affirme-t-il, rendant hommage à Staffan de Mistura et au chef de la Minurso Alexandre Ivanko, pour leur persévérance face à un contexte de plus en plus difficile.

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