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10.10.2019 à 00 H 32 • Mis à jour le 15.10.2019 à 01 H 54
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n°535.El Otmani III: un lifting de transition pour en finir avec l’après-2011

Le remaniement ministériel tant attendu a sacrifié le principe de la reddition des comptes au profit de la sanctuarisation du front anti-PJD au sein de l’exécutif dans la perspective des législatives de 2021. Il ne sert que de rampe transitoire à ceux qui ont fait de l’endogamie public-privé un modèle de gouvernance à très haut risque

Après l’appel du roi Mohammed VI en juillet dernier à l’injection de « sang neuf (…) au sein des institutions et des instances politiques, économiques et administratives, y compris le gouvernement », nombreux ont été les observateurs à penser que le nouvel exécutif mené par Saâdeddine El Otmani serait en totale rupture avec celui accouché dans la douleur suite aux législatives de 2016.


Sur le plan arithmétique la nouvelle mouture gouvernementale a été réduite de 39 à 23 membres. Six nouvelles têtes font leur entrée dans l’arène dont deux femmes : Nadia Fettah Alaoui, ex-consultante issue de l’écurie privée de Moulay Hafid Elalamy au Tourisme et à ses dépendances  Nouzha Bouchareb, membre du MP à l’Habitat  Mohamed Amakraz, jeune pousse du PJD tendance Benkirane au Travail  Hassan Abyaba, poulain de Mohamed Sajid aux Sports, à la culture, et accessoirement porte-parole du gouvernement  Driss Ouaouicha, qui passe de l’Université Al Akhawayn à l’Enseignement supérieur  et enfin, Khalid Ait Taleb, du CHU de Fès à la Santé.


Si l’on exclut le Tourisme et la Santé, secteurs-clés qui nécessitaient, de l’avis de tous, un changement urgent de capitaines, les nouveaux entrants combinés aux sortants et au jeu de chaises musicales pour certains départements de second rang, ne modifient pas en réalité la dorsale de l’exécutif.


« Le gouvernement dans sa nouvelle mouture répond aux critères d’efficience et de compétences, eu égard à sa structure, à l’organisation de ses départements et à la présence de femmes et de jeunes dans sa composition », a affirmé, sans convaincre, El Otmani.


Et pour cause, les ministères de souveraineté (Intérieur, Affaires étrangères, Justice, Habous, Défense) demeurent la chasse gardée du pouvoir. Les SAP (sans appartenance politique), tous puisés dans le vivier de la technocratie, constituent désormais la principale cohorte gouvernementale. Le RNI garde ses trois grands ministères (Finances, Agriculture, Industrie) et récupère aussi le Tourisme. Le MP se maintient à l’Education et hérite de l’Habitat.


Enfin, le PJD se voit davantage corseté, malgré ses six maroquins, sachant que l’Energie, l’Equipement, les Droits de l’Homme (doublé de celui des Relations avec le Parlement) demeurent occupés par les mêmes têtes d’affiches assujetties au Makhzen.


Résultat, cette reconfiguration qui doit mener le pays aux législatives de 2021 a servi au fond deux objectifs : la sanctuarisation du front anti-PJD mené par les cadors du RNI, Aziz Akhannouch en tête, et l’asphyxie de ce même PJD qui voit sa marge de manœuvre de plus en plus réduite avec l’inoculation de néo- technocrates.


Bien loin de la totale « reddition des comptes » promise par le Palais, il s’agit clairement d’une simple étape supplémentaire dans le processus de « containment » des islamistes qui avaient opportunément surfé sur les Printemps arabes, la fraicheur du Mouvement du 20 Février et la parenthèse de la Constitution de 2011 pour tenter de s’imposer durant le mandat de Benkirane. Elle présuppose un autre effeuillage plus profond au sein de la haute administration, comme annoncé par le roi lui-même, dans une logique de contrôle total du « système » pour lequel la maîtrise des offices et instances dits stratégiques n’avait pas suffi.


Cet épisode n’est pas (encore une fois) sans rappeler la manière avec laquelle le Palais avait piloté l’Alternance sous Youssoufi et maintenu le cap de la « monarchie exécutive » durant l’entre-deux règnes et au-delà. Aujourd’hui, le cap tracé est manifestement celui d’annihiler ce qui reste du PJD de l’avant-scène politique avec le concours de ses figures les plus compromises, et à leur tête le chef du gouvernement.


La transition au pas de charge voulue ainsi par le Palais est cependant à haut risque. A la fin de son règne, Hassan II avait réussi à domestiquer la gauche dans un élan de réformes institutionnelles et économiques porté par un vent de changement, autant exogène qu’endogène. Dans ce sillage, et après vingt ans de règne de Mohammed VI, le Maroc vit de nouveau dans l’attentisme. Le Souverain l’a reconnu lui-même dans ses récents discours, jusqu’à appeler à un « sursaut » salvateur. Ce gouvernement relifté à la marge, présenté comme une task force censée relever ce défi et amorcer en une année électorale un « nouveau modèle de développement » n’est pas à la mesure de cette ambition. Il ne sert en réalité que de béquille à une conception de la gouvernance qui autorise l’endogamie public-privé, véritable poison de l’Etat, tant elle assassine à petits feux l’idéal démocratique et pousse la jeunesse à se départir de la politique et de l’envie de participer à la fondation d’un nouveau Maroc.