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25.02.2022 à 14 H 36 • Mis à jour le 25.02.2022 à 14 H 36
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n°750.Invasion russe de l’Ukraine : quelles sont les réelles intentions de Poutine ?

Malgré les déclarations de Poutine concernant l'opération militaire conduite en Ukraine, qui assure qu'il n'y a que l'Est séparatiste qui fait l'objet de ses intentions, la stratégie suivie par le maître du Kremlin est manifestement celle d'un « changement de régime »

Depuis plusieurs semaines déjà, la guerre guettait l’Ukraine. Vladimir Poutine est passé à l’action ce jeudi, suite à un discours télévisé. Peu de temps après l’annonce du lancement de l’opération militaire contre Kiev, des explosions avaient retentis dans la région du Donbass, à l’est de l’Ukraine.


Au dernier bilan actualisé, on dénombre près de 137 morts et plus de 300 blessés dans les camps ukrainiens, en l’espace de 24 heures. Dans un discours officiel, Poutine avait annoncé que l’objectif de cette opération militaire était de « démilitariser et dénazifier » l’Ukraine.


Cependant, la stratégie militaire suivie a des airs de « changement de régime », qui renvoie vers le modèle américain utilisé au début des années 2000, comme le souligne une note d’analyse de l’Institut français des relations internationales (IFRI), intitulée « Guerre en Ukraine, une leçon de grammaire stratégique ». 

Un changement de régime, déguisé

Côté Américain, les attentats du 11-septembre avaient déclenché une guerre contre les Talibans et Saddam Hussein, présentée comme étant une « guerre contre le terrorisme ». Que ce soit en Serbie, en Tchétchénie, en Irak, en Afghanistan ou en Libye, les États-Unis justifiaient leurs actions militaires en mettant en avant leur bonnes intentions, celles d’aider des peuples gouvernés par des « dictateurs sanguinaires ». Pourtant il s’agissait réellement d’imposer un « changement de régime à leurs adversaires géopolitiques », rappelle le rapport.


Selon un article des experts Stefan Wolff, de l’Université de Birmingham et Tatyana Malyarenko, de la National University Odesa Law Academy, publié dans The Conversation, lors de la réunion du conseil de sécurité tenue au Kremlin, en présence de ses 13 membres, Poutine a remis en question la légitimité du statut d’État-nation de l’Ukraine, à plusieurs reprises. De plus, il a rappelé que les traités de reconnaissance donneraient le droit à la Russie d’établir, en territoire ukrainien, des camps militaires.


En analysant les actions russes en Ukraine, l’auteur du rapport de l’IFRI, Élie Tenenbaum, directeur du Centre des Études de Sécurité de l’Institut Français des Relations Internationales avance que Vladimir Poutine a bien étudié la stratégie américaine. Il y a beaucoup de points en commun entre ce que fait Moscou à Kiev et la stratégie suivie par les Américains depuis 22 ans.


Selon le rapport, « c’est sur le plan de la stratégie – soit l’art d’employer la force pour parvenir à ses fins – que le parallèle avec l’action militaire américaine, notamment en Irak en 2003, est frappant ». Comme pour l’argumentaire avancé par Poutine « monté de toutes pièces d’une menace humanitaire et du risque génocidaire ».


Les négociations diplomatiques avant le lancement de l’opération militaire sont également un axe de la stratégie américaine, « en 2003 les chancelleries opposées à la guerre contre l’Irak s’étaient agitées pour « laisser une chance à la paix ». En réalité les enquêtes de fond et les travaux de recherche ont révélé depuis lors que la décision d’une action militaire était prise depuis longtemps et que tout le ballet diplomatique n’était là que pour gagner du temps et développer la légitimité de l’action ».


« La mise en œuvre d’une stratégie militaire visant « le choc et l’effroi  », faisant toujours partie de cette ligne directrice américaine, reprise par les Russes en « visant la neutralisation des systèmes de défense aérienne pour s’assurer la suprématie dans le ciel et la paralysie du commandement ennemi. L’entrée en action de l’arme aérienne et des capacités de missiles à longue portée est suivie de près par l’entrée en mouvement des forces terrestres », poursuit le rapport. 


Enfin, la dernière action qui démontre la volonté du changement de régime par Moscou, selon le rapport, se situe au niveau de la fameuse « dénazification », avancée par Vladimir Poutine. « La référence au nazisme pour décrire l’Ukraine de 2022 est simplement délirante. Le Donbass n’est pas l’objectif, c’est l’Ukraine », précise Élie Tenenbaum. 


Qui sanctionne qui ?

Depuis l’entrée en Ukraine par les forces russes, diverses sanctions envers la Russie ont été annoncées par les dirigeants de pays et d’organisation internationales : les sanctions économiques émanant du pays de Joe Biden, ou encore du G7, ainsi que la pression que compte imposer la commission européenne, comme l’avait déclaré Ursula Von der Leyen dans un communiqué. À l’instar de ces acteurs, la Russie peut également imposer des sanctions au reste du monde, comme l’augmentation des prix du baril, le pays de Poutine étant l’un des premiers producteurs mondiaux de gaz et de pétrole.


Dans une interview à FranceTvinfo, Gerôme Billois, expert en cybersécurité au cabinet de conseil Wavestone, a annoncé que la Russie est « totalement capable » de recourir à des cyberattaques en réponse aux sanctions occidentales. « À l’heure actuelle, on observe quelques débordements de ces cyberattaques dans des pays comme la Lettonie et la Slovaquie, mais il semble que les victimes soient directement liées aux structures ukrainiennes visées. On peut émettre l’hypothèse qu’il s’agisse de victimes collatérales, liées à l’interconnexion de certains systèmes. 


La Russie est en tout cas totalement capable de mener des représailles aux sanctions occidentales sur le terrain numérique. En la matière, les attaquants attaquent rarement à visage découvert, mais les cas précédents impliquaient souvent les services de renseignement russe, directement ou indirectement », a-t-il déclaré.


Poutine, prêt à tout

« Tant qu’une menace effective sur les intérêts de sécurité russes ne viendra pas contrebalancer la protection de ces mêmes intérêts par Moscou en Ukraine, les autres sanctions ne seront que des « coûts » que le Kremlin est prêt à payer, le prix de ce qu’il perçoit être une action nécessaire pour renforcer sa sécurité dans le long terme », souligne le rapport diffusé ce jeudi. 


En effet, selon l’analyste Timothy Ash, de Blue Bay Asset « Poutine est désormais considéré comme LA menace la plus imminente de notre système de démocratie occidentale libérale ». Mais d’après l’analyste Tatiana Stanovaïa, fondatrice de R.Politik, un centre d’analyse politique indépendant, « depuis un an et demi, le Kremlin se prépare activement au fait que l’Occident imposera des sanctions les plus sévères possible », assure-t-elle à l’AFP. Vladimir Poutine « considère que les sanctions n’ont pas comme objectif d’empêcher une agression russe, mais de freiner le développement de la Russie », ajoute-t-elle.


La présence de l’OTAN se fait sentir

Poutine semble convaincu de son action, comme le soulignent les experts dans The Conversation. « Ces violations étaient en grande partie dues au fait que l’Ukraine est un État failli dans lequel les décisions sont prises par des autorités corrompues sous le contrôle des « capitales occidentales ». Il a aussi répété, et c’est peut-être le plus important, que l’Ukraine, en se rapprochant de l’OTAN, fait déjà peser des menaces sur la Russie — auxquelles celle-ci se doit de répondre ».


Conformément à l’article 5 de l’OTAN, « La Russie ne doit pouvoir se faire absolument aucune illusion sur la possibilité qu’elle aurait à pousser plus avant son aventurisme militaire. Un renforcement immédiat de la présence avancée renforcée est assurément un minimum attendu dans ce cadre. Comme l’a affirmé le Secrétaire général Jens Stoltenberg lors de la conférence de Munich la semaine passée « si l’objectif du Kremlin (en attaquant) est d’avoir moins d’OTAN sur les frontières russes, il n’obtiendra que davantage d’OTAN  », conclut le rapport de l’IFRI.


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