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#Mohamed Khabbachi
17.07.2017 à 18 H 57 • Mis à jour le 24.10.2017 à 12 H 19
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« Barlamane » : enquête sur une machine à salir

JUSTICE A la calomnie nous opposons le journalisme. C’est donc par l’enquête que nous avons choisi de répondre au site Barlamane. Le Desk retrace le parcours de Mohamed Khabbachi, son patron qui se cache derrière le scandale de la vidéo de Nasser Zafzafi et de bien d’autres manipulations médiatiques. Un homme de l’ombre gratifié d’une breloque et de moult avantages pour avoir joué au mauvais espion des années durant

Parmi les représentants les plus crapuleux de la presse jaune, le site Barlamane se distingue par une impunité à toute épreuve, mais aussi en raison du parcours de son promoteur caché, Mohamed Khabbachi, mi-espion, mi-propagandiste, qui depuis de longues années a intégré peu à peu le monde interlope des services de renseignement et de la manipulation médiatique.


Depuis des mois, Le Desk démonte les fake news de ce média mis en ligne en 2013 et qui n’affiche aucune mention légale à même de l’identifier. Sous couvert de suivre l’actualité parlementaire – d’où son nom -, il s’est spécialisé dans la nuisance. Derniers cas répertoriés, celui concernant les membres du Hirak, Nasser Zafzafi dans l’affaire de la vidéo, et d’El Mortada Iamrachen présenté sous les traits d’un dangereux terroriste affidé d’Al Qaida, mais aussi des journalistes comme Ali Anouzla ou des membres de la société civile à l’instar de l’historien Maâti Monjib.

PARTIE I

L’ascension d’un rond de cuir

Mohamed Khabbachi, propriétaire de Sahara Media Agency et du site Barlamane.com. AIC PRESS

Pour avoir dénoncé ses pratiques de manière documentée, Le Desk a été attaqué par Barlamane qui s’est livré dans un article non signé à son exercice coutumier, celui de la calomnie. Il n’y a pas lieu de le suivre dans la fange. Remonter les fils de son histoire a plus d’intérêt pour le public.


Qui est donc Mohamed Khabbachi, celui que le Procureur du roi près la Cour d’appel de Casablanca devrait logiquement entendre dans l’affaire de la vidéo de Zafzafi ?


Un Wissam pour « services rendus à la Nation »

L’homme derrière ce média de basse police et pourtant décoré du Wissam du mérite national de catégorie exceptionnelle, est né en 1957 à Errachidia. Sa biographie officielle assure qu’il est titulaire d’une licence en sciences économiques de l’Université Mohammed V de Rabat. Il a intégré l’agence officielle MAP en 1983 en tant que simple rond de cuir du service comptable où il végétera une dizaine d’années avant d’être muté à la rédaction nationale « après un test d’écriture concluant ».


En 1992, il est affecté au bureau de la MAP à Dakar où il exercera durant huit ans. Durant ce long épisode sénégalais, il décroche un DEA en sciences politiques à l’Université Cheikh Anta Diop. « Il se déplaçait entre la Guinée, le Gabon, la Côte d’Ivoire et d’autres pays de la région à la quête d’informations », assure, dans un portrait hagiographique, Le Matin.


En juin 2000, il est nommé chef du bureau de la MAP à Nouakchott, fonction qu’il a occupée jusqu’à sa nomination, en août 2002, au poste de directeur de l’Information de l’agence.


Yassine Mansouri, patron de la DGED, le service de renseignement extérieur. AIC PRESS


Un an plus tard, il accède au sommet de la hiérarchie en tant que directeur général de la MAP en remplacement de Yassine Mansouri qui y avait été nommé en 1999 dans le contexte du « nouveau règne » et de l’après-Basri, le vizir déchu de Hassan II.


Avant son départ, celui qui présidera plus tard aux destinées de la DGED, le service de renseignement extérieur « fait le ménage gentiment et livre la maison à un cache, qu’il n’a côtoyé qu’une fois arrivé à la MAP : Mohamed Khabbachi », rapportait La Vie Eco.


Les deux hommes ont longtemps été réputés pour être inséparables. Des liens familiaux sont venus, dit-on, renforcer cette proximité qui s’est beaucoup distendue depuis. Toujours est-il que Khabbachi doit pleinement son ascension au sein de l’agence à son ancien mentor. En Mauritanie, et plus largement en Afrique de l’Ouest, il était notoirement désigné pour être « l’homme des services marocains ».


Driss Jettou présidant en 2003 à Rabat, la cérémonie d'installation de Mohammed Khabbachi, que le roi Mohammed VI a nommé directeur général de l'agence Maghreb Arabe Presse. MAP


Lors de sa cérémonie d’installation, Driss Jettou, premier ministre et président du Conseil d’Administration de la MAP, lui exprime ses vives félicitations « pour la confiance placée en lui par Sa Majesté le Roi », geste qui « constitue le couronnement de nombreuses années de travail sérieux au service de la nation et une reconnaissance de l’esprit de responsabilité dont il a fait preuve tout au long de sa carrière au sein des différents services de l’agence ». « Le nouveau patron de l’Agence personnifie les nouvelles ambitions d’une institution déterminée, par un plus grand dévouement à la cause de l’information publique et une meilleure professionnalisation de ses cœurs de métiers, à marquer de sa présence la scène des événements marquants au Maroc et dans le monde », écrit, très enthousiaste, La Gazette du Maroc de son ami Kamal Lahlou, qui l’encense par un « Bravo Khabbachi et bonne chance pour d’autres performances et conquêtes ! ».


Une « armée de mouchards »

En 2005, et alors que Mansouri venait à peine de remplacer le général Ahmed Harchi à la tête de la DGED, le nom de Khabbachi est mêlé à une affaire qui fera couler beaucoup d’encre tant au Maroc qu’en Espagne. El Mundo publie dans son édition du 11 mars un article d’Ali Lmrabet, traitant la MAP d’ « armée de mouchards ». Sont visés les deux correspondants de l’agence à Madrid, Saïd Ida Hassan et Masaoud Mansouri, qui sous couvert de leur titre de journalistes, agissent pour le compte de la DGED. Le procès qui s’en suit sera à l’avantage de Lmrabet, la Cour d’appel (Audiencia Provincial) de Madrid, a dans sa sentence judiciaire de 2007, reconnu que les liens entre la MAP et la DGED sont « suffisamment prouvés » et conclura à la porosité entre l’agence et le service de renseignement extérieur pour justifier la condamnation de ses « honorables correspondants ».


Said Ida Hassan, ex-correspondant de la MAP à Madrid lors d'une cérémonie en l'honneur de la presse étrangère accréditée en Espagne. Facebook


Au Maroc, cette affaire provoquera une levée de boucliers en défense de Khabbachi et de ses hommes qui bénéficieront du soutien appuyé du Syndicat national de la presse (SNPM) dont le quorum est majoritairement contrôlé par les agenciers. Des années plus tard, le corbeau « Chris Coleman » auteur des fuites diplomatiques et sécuritaires communément appelées MarocLeaks, apportera lui aussi son lot de révélations dans ce sens en livrant le contenu de correspondances triangulaires entre Khabbachi, ses hommes à Madrid et Mourad El Ghoul, le chef de cabinet de Yassine Mansouri.



Lire aussi notre enquête  : La DGED manipulée par ses propres relais médiatiques ?



Dans un des mails leakés daté de juin 2008, Ida Hassan fait le point sur le procès qui l’oppose à Lmrabet tout en profitant de l’occasion de demander à son patron de faire embaucher des membres de sa famille au ministère de l’Intérieur… Le mélange des genres est assumé jusqu’à la requête de passe-droits…


Copie du courriel entre Ida Hassan et Khabbachi fuité par Chris Coleman

PARTIE II

La traversée du désert

En 2009, Khabbachi est sanctionné sur ordre du roi Mohammed VI. MAP

Khabbachi est brutalement limogé sur décision royale le 9 janvier 2009. La MAP est chargée du damage control en affirmant qu’il est « appelé à occuper d’autres fonctions ». Sa chute suscite alors bien des interrogations, d’autant que « ni la gestion de l’agence par l’intéressé, ni ses compétences professionnelles ne sont en cause », affirment encore ses mêmes amis journalistes. Jamal Berraoui écrit dans La Gazette du Maroc  : « Il en a fait une machine, régulière, sans fard, mais sans faute (…), il est l’un des meilleurs connaisseurs nationaux de l’Afrique. Il a mis cette expertise au profit de son pays, sans rechigner, ni en tirer une quelconque gloriole ».


« Affaire politique ? Bisbilles internes au cœur du pouvoir ? Histoire personnelle ? », s’interroge pourtant Jeune Afrique. Mohamed Khabbachi, qui a appris la nouvelle alors qu’il était en mission au Ghana, affirme à l’hebdomadaire panafricain que ces rumeurs ne reposent sur rien : « Sa Majesté avait, pour des raisons qui lui appartiennent, décidé il y a près de six ans de me confier ce poste. Elle a aujourd’hui décidé, pour des motifs que je n’ai pas à connaître, de me le retirer. Tout cela relève de ses choix souverains et du fonctionnement naturel d’un État. Quant à moi, je demeure à la disposition de mon pays et de mon roi. ».


Sur cet épisode tenu secret, des sources diplomatiques affirment aujourd’hui au Desk que « Khabbachi avait outrepassé ses prérogatives protocolaires en se présentant comme un émissaire du Palais. Accra qui était sur le point de basculer en faveur du Maroc dans le dossier du Sahara s’était plaint dans une correspondance écrite d’engagements pris, alors que tout était fin prêt pour une visite royale que les Affaires étrangères avaient au final annulée à la dernière minute ».


Khabbachi est alors remplacé au pied levé par Ali Bouzerda, directeur de l’information à la télévision publique et ex-correspondant de Reuters au Maroc.


En 2011, dans un rapport inédit consacré à la gestion de la MAP sous l’ère Khabbachi, la Cour des comptes pointe son « manque d’objectivité et d’indépendance ». Le site Lakome en fait un compte-rendu cinglant qui lui vaudra une volée de bois vert : «  La Cour relève dès le départ le problème de la ligne éditoriale de l’agence, dont la tendance à la désinformation et à la propagande sont de notoriété publique depuis sa nationalisation par Hassan II en 1974 ». Un problème, explique Lakome, qui trouve sa source dans les statuts de la MAP, puisque « l’agence est chargée en même temps de deux missions contradictoires » : d’un côté elle doit « rechercher, tant au Maroc qu’à l’étranger, les éléments d’une information complète et objective ». Mais l’agence est également tenue de « diffuser pour le compte des pouvoirs publics toute information qu’ils jugeraient bon de rendre publique ».


En clair, conclut Lakome sur la base du rapport de la Cour, « la MAP est condamnée de par ses statuts à un mélange des genres qui rend impossible tout traitement objectif de l’information : l’agence se contente le plus souvent de relayer les communiqués officiels (notamment ceux du ministère de l’Intérieur) sans apporter de points de vue contradictoires ».


C’est surtout un pan du rapport qui officialise les liens entre la MAP et le milieu du Renseignement qui exaspère : celle-ci cite les fameuses « notes d’information » qui sont rédigées par ses correspondants mais n’apparaissent jamais sur son fil.


Les autorités de tutelle ne l’ont jamais expliqué officiellement. La Cour des comptes n’en donne non plus aucun détail. Il s’agit en fait, de rapports destinés « à des happy few de la DGED, au ministère de l’Intérieur et aux Affaires étrangères, voire au cabinet royal, pour les affaires les plus sensibles », expliquait Tel Quel en 2010 dans un dossier spécial.

PARTIE III

Le phénix de l’Etat profond

Siège de la SNRT à Rabat. DR

Malgré ces discrédits à la chaine, la traversée du désert de Khabbachi ne sera que de courte durée. En mars 2010, il est nommé gouverneur chargé de… la Communication au ministère de l’Intérieur. Une manière de clarifier ses appartenances à un moment délicat : la réputation du ministère est au plus bas en raison de la piètre communication autour de l’affaire Aminatou Haidar, fin 2009, qui allait précipiter la chute du ministre de l’Intérieur Chakib Benmoussa. « La nomination de Khabbachi indique que le Palais royal entend ripoliner l’image de l’Intérieur », écrit à l’époque Maghreb Confidentiel. Fahd Yata de La Nouvelle Tribune saisit l’occasion pour lustrer ses bottines en annonçant une arrivée qui « résonnera sans doute agréablement à l’oreille de tous ceux qui connaissent les qualités et le sérieux de cet ancien agencier ».


Abdallah Ould Mohamedi Bah, l'homme de Khabbachi en Mauritanie. DR

Un business lucratif de l’Intérieur

A l’été 2010, une société du nom de SM Prod (pour Sahara Media Production) voit le jour à Laâyoune. Khabbachi en est le promoteur dissimulé, ne pouvant encore se prévaloir d’un business dans le privé. Il y place un certain Abdallah Ould Mohamedi Bah en sa qualité de gérant. Ould Mohamedi Bah, de nationalité mauritanienne, est un ancien stringer officieux de la MAP et ex-correspondant d’Al Jazeera et d’ Asharq al-Awsat pour l’Afrique de l’Ouest. Hormis le fait qu’il ait mis en place un réseau efficace, il est réputé pour être « le porte-voix des services marocains, mais aussi une sorte d’agent double ». Il dispose très vite d’importants moyens matériels, des bureaux à Dakar et à Casablanca, et possède un studio de télévision suréquipé à Nouakchott. En 2015, il fait partie des « 100 qui font bouger l’Afrique », selon un palmarès établi par Financial Afrik.


L’entreprise aura un double avantage, celui d’être idéalement localisée au Sahara lui permettant de profiter des avantages fiscaux accordés à la région, mais aussi celui de devenir un des fournisseurs attitrés de Laâyoune TV, une antenne locale qui produit des émissions communautaires en langue hassanie.


En janvier 2011, la société change de dénomination pour s’appeler dorénavant Sahara Media Agency. Le nom de Khabbachi apparait officiellement dans ses statuts qui indiquent qu’il en est l’actionnaire unique. Son chiffre d’affaires annuel explose très vite passant de 450 000 dirhams à près de 9 millions de dirhams en l’espace de quatre ans. Sur sa fiche Inforisk que Le Desk a pu consulter, il est dit que l’entreprise aligne des performances exceptionnelles en comparaison des normes du secteur.




Source: Inforisk




Un « succès » que les détracteurs de Khabbachi ne manquent pas de dénoncer. L’ex-journaliste et présentateur vedette du JT de la Société nationale de radiodiffusion et de télévision (SNRT), Mohamed Reda Ellaili, s’est attaqué avec véhémence aux activités de Sahara News Agency sur son site RadiNews, ce qui lui a valu deux procès pour diffamation. Une attitude que certains expliquent par son débarquement de la chaine, mais il n’est pourtant pas le seul à affirmer que la société siphonne les marchés du pôle télévisuel public au Sahara. « Les amitiés de circonstance entretenues par Mohamed Khabbachi et Fayçal Laaraïchi », (le patron de la SNRT, ndlr), sont présentées comme des pistes à creuser…


Claude Moniquet, promoteur sulfureux de l'ESISC. DR
Un journaliste qui connait bien l’entreprise et son promoteur livre un récit détonnant : « Khabbachi a installé une filiale à Nouakchott qui a phagocyté le paysage médiatique local grâce aux caisses noires des services marocains. Sa boite est en terrain conquis. Pourtant, Abdallah Ould Mohamedi Bah grenouille beaucoup avec les mouvements jihadistes qui opèrent au Sahel. Le bureau local de Sahara Media Agency a été leur principale boite aux lettres ». Un fait rapporté par ailleurs par Jeune Afrique qui a désigné en 2013 la filiale mauritanienne de Khabbachi comme une des caisses de résonance d’Al Qaida au Maghreb (AQMI). Paradoxal lorsqu’on sait que tout le renseignement marocain se dit mobilisé pour lutter contre la menace islamiste qui se tapit dans le ventre mou du Sahel…


Illustration : en 2010, le factotum de Mansouri à Nouakchott était pourtant prié par la DGED de relayer un rapport de l’European Strategic and Security Center (ESISC), une officine bruxelloise dirigée par le sulfureux Claude Moniquetqui tentait de démontrer que le Polisario est en cheville avec les terroristes islamistes.


Email transmis par le chef de cabinet de Yassine Mansouri à l'adjoint de Mohamed Khabbachi pour médiatiser le rapport tendancieux de l'ESISC.


Le Matin entre autres, en avait assuré la même réverbération. La thèse de l’ESISC, très controversée, avait fait l’objet d’un premier rapport en 2005. Pour avoir dénoncé le fait qu’il s’agissait d’une étude « téléguidée » par Rabat, Le Journal Hebdomadaire avait été poursuivi et condamné en justice à payer 3 millions de dirhams au titre de dommages et intérêts… Une estocade, après de nombreux coups de canifs, qui allait blesser à mort l’expérience marocaine la plus avant-gardiste de l’époque en matière de presse… 


La base-arrière de Nouakchott

En Mauritanie, Sahara Media Agency ne cache pas sa prépondérance. Son portail, le plus outillé de la sous-région, bombe le torse  : « la première entreprise de presse en Mauritanie (…) spécialisée et leader en matière de l’audiovisuel et de presse écrite (…) possède une expérience vieille de plus de dix ans dans ce domaine, au Maghreb arabe et en Afrique de l’Ouest (…) dotée d’un matériel de pointe pour la prise d’image, le montage, la réalisation télévisuelle, en plus de sa capacité à faire des directs via les satellites à partir de ses bureaux étrangers ». En 2012, Sahara Media Agency revendiquait pas moins de « 70 personnes, journalistes ou techniciens, qui appartiennent à différentes nationalités (Mauritanie, Irak, Sénégal, Maroc, Côte d’Ivoire…) », sans compter son site Saharamedias.net et un quotidien, Al Akhabar, « qui est le journal le plus diffusé et le plus professionnel en Mauritanie ». L’entreprise se targue même de coopérer avec les ONG allemandes et de dispenser des formations aux journalistes locaux. Elle « aspire à étendre ses services et à conquérir un nouvel espace : le Grand Sahara », peut-on lire sur son site Internet.


Plaque de Sahara News Co, la filiale mauritanienne de Sahara Media Agency. DR


Mais c’est sa « sa base arrière au Maroc qui a développé aussi une autre activité très profitable », narre un professionnel des médias proche des protagonistes. « A Rabat, elle dispose d’une villa mitoyenne à l’ambassade de Tunisie dans le quartier de la Résidence. Du matériel dont elle était la seule à disposer a été acheminé dans l’avion présidentiel de Maaouiya Ould Sid’Ahmed Taya lors d’une de ses visites au Maroc et n’a jamais été rapatrié. Il a permis plus tard à Sahara Media Agency d’offrir un service rare à toutes les équipes de télévisions étrangères qui désiraient transmettre des directs depuis le Maroc. Un privilège en somme pour un privé dont on doute fort qu’il ait obtenu le sésame de la part des autorités de régulation  », assure-t-il.


Des propos certes apocryphes mais qui renseignent toutefois sur la puissance du personnage que la réalité des faits avérés suffit à décrire. Nombre de producteurs d’émissions télévisées contactés par Le Desk ont nié avoir la moindre information sur lui. Certains, apeurés que leur nom surgisse dans une enquête à charge ont fui nos questions. D’autres ont prétexté à sa simple évocation ne rien connaître de ses activités…


Des sources ont affirmé au Desk que Sahara Media Agency ne remplissait pas les conditions réglementaires pour exercer. Interrogé, le Centre cinématographique marocain (CCM), autorité en la matière, n’a pas répondu à nos sollicitations.

Ni le département en charge de la Communication rattaché au ministère de la Culture depuis la nomination du gouvernement El Otmani, ni les instances corporatives de la presse n’ont réagi aux articles mensongers de Barlamane.com, malgré l’ouverture d’une enquête sur sa diffusion de la vidéo de Zafzafi. L’omerta est totale. 


S’il n’est mentionné nulle part que Sahara Media Agency est une société de presse dûment autorisée, des liens tangibles ont permis au Desk de faire le lien indiscutable entre l’entité, Mohamed Khabbachi, et le site Barlamane.com  : une mention affichée sur la page Facebook officielle du « média » et son adresse IP qui pointe sur un hébergement partagé au Canada.


Capture de la page Facebook officielle de Barlamane.com


Tout le reste est du domaine impénétrable d’un Etat étonnamment laxiste. Comment la justice peut-elle dans ces conditions enquêter en toute sérénité ? Hassan Matar, le procureur du roi près la cour d’appel de Casablanca, a déclaré avoir ouvert « une enquête minutieuse » sur l’affaire de la vidéo humiliante de Zafzafi dont sa défense affirme qu’elle a été filmée dans les locaux de la Brigade nationale de la police judiciaire (BNPJ).


Des sources rapportent que « le rédacteur en chef » de Barlamane.com, l’Usfpéiste Khalid Boubekri, aurait déjà été entendu par la même BNPJ pour les besoins de l’enquête. Un prélude à un enterrement première classe en ne sanctionnant que le lampiste de l’affaire ? L’ attitude du procureur dira si la Justice a les coudées franches face aux parrains de Khabbachi.

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