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07.04.2022 à 21 H 01 • Mis à jour le 07.04.2022 à 21 H 01
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Taznakht, épicentre minéral et oasien du tapis berbère

REPORTAGE. Au carrefour de routes, autrefois tracées par les caravanes sillonnant une vaste plaine du grand sud, la bourgade pittoresque de Taznakht s'est taillée une réputation de centre commercial du tapis marocain. La cité et la région, univers minéral et oasien est à visiter au printemps

Dans le territoire du Grand Taznakht (Taznakht, Ouislsat, Siroua, Khezama et Iznagen) dans le sud du Maroc, où coexistent le développement récent d’un tourisme rural et culturel et un artisanat du tapis ancien de renommée, qui fait aujourd’hui l’objet d’une promotion importante sur les marchés locaux comme sur ceux des grandes villes de la région (Marrakech et Ouarzazate) et même au-delà (Rabat). Il occupe une position géographique stratégique : à une centaine de kilomètres du chef-lieu de la province, Ouarzazate, il se situe au carrefour de plusieurs axes routiers importants, qui étaient autrefois de grands axes caravaniers.


A l’ouest de Ouarzazate, la cité de Taznakht aux gravures tracées sur les murs ancestraux des ksars d’argile que l’on redécouvre entrelacés sur les tapis de la région, raconte l’histoire millénaire de la tribu berbère des Iznagen, tirant ses origines des Sanhadja.


Tous les chemins mènent à Taznakht

 On peut aussi la rejoindre depuis Agadir. La route goudronnée de 270 km jusqu’à Taznakht transperce des paysages captivants en passant par Taroudant puis Taliouine où fleurissent les champs de safran et s’élèvent les kasbahs sur les flancs des montagnes. Cependant, la région du Souss n’est pas la seule entrée vers la capitale des tapis, car la ville est également accessible depuis la région de Tata, à travers Foum Zguid qui la borde au sud, ou depuis Ouarzazate, qui la voisine à l’est.


Les vestiges d'une kasbah à Taznakht. Crédit: Hamza Bordo / Le Desk


Étant un carrefour à la croisée des destinations et des cultures, Taznakht fut longtemps le point de ralliement des caravanes commerciales reliant Telouet, Ait Ben Haddou et Taourirt. De ce fait, la ville constitue l’un des points d’affluence les plus importants de toute la région Souss et Drâa en plus d’être un axe marchand constellé de marchés où se troquent différents produits : céréales, cuir, dattes et tapis entre autres. Chose qui a approfondi les liens économiques et culturels entre Taznakht, les différentes oasis de Drâa, les monts de Telouet et la fertile plaine de Souss.


La région de Taznakht offre un panorama minéral de bout du monde. Crédit: Hamza Bordo / Le Desk


Peu importe d’où émane le visiteur, Tazenakht serait toujours la ville qui l’accueille chaleureusement là où se dresse ses amandiers et leurs éclatantes fleurs blanches qui éclosent dès février. C’est d’ailleurs à partir de cette période de l’année et tout au long du printemps qu’il est recommandé de visiter la région pour son climat tempéré, rendant possible les randonnées sous un ciel clair et un doux soleil. Le temps froid caractérise, quant à lui, les soirées.


Souk Lekhmiss, commerce immémoriel

Souk Lekhmiss, ou « marché du jeudi » de Taznakht conserve encore certaines des caractéristiques de la vie économique immémoriale que relate les livres d’histoire. La marchandise proposée lors du marché hebdomadaire dévoile le mode de vie des habitants de la cité et ses environs. Un mode de vie fondé essentiellement sur l’agriculture traditionnelle. Les habitants étalent des légumes locaux exempts de tout engrais ou produit chimique et élèvent du bétail, en particulier des moutons et des chèvres.


Paysage de Taznakht. Crédit: Hamza Bordo / Le Desk


Au centre-ville, des restaurants à prix abordables proposent de succulentes viandes de chèvre rôtie sur du charbon ardent, le plat préféré des visiteurs du marché. Il existe également des établissement plus modernes offrants des menus à la carte plus conventionnels.


La vie pastorale à Taznakht. Crédit: Hamza Bordo / Le Desk


Le pastoralisme et l’agriculture sont loin de constituer l’épine dorsale de l’économie à Taznakht. La terre regorge de richesses minérales diverses, notamment le cobalt dans le gisement de la mine de Bouazzer, le marbre, extrait de Temgharghrin dans la région de Iznagen. Mais malgré la diversité des activités économiques de la région, le tapis demeure l’art le plus proéminent de Taznakht.


Fadma et ses sœurs

Habiba, membre de la coopérative des tapis « Kasbah » accueille les visiteurs avec un large sourire. Ce complexe, et bien que de conception récente et moderne, garde les caractéristiques de l’architecture typique de la région. Il a été érigé par le ministère de tutelle, chargé du secteur de l’artisanat, afin de promouvoir et valoriser le tapis Ouaouzguit, célèbre par ses couleurs flamboyantes, la qualité irréprochable de sa laine et la singularité de sa fabrication.


Le centre coopératif du tapis à Taznakht, lieu de préservation de cet artisanat ancestral. Crédit: Hamza Bordo / Le Desk


Non loin de là, des maisons d’hôtes traditionnelles dans l’ancien douar affirment haut et fort pratiquer le tourisme équitable. L’une d’elle, dotée de trois chambres et équipée de salles de bains avec eau chaude s’ouvre sur un salon pour ses invités. Le visiteur peut ainsi dîner, passer la nuit et prendre au matin le petit déjeuner en échange d’un montant n’excédant pas les deux cents dirhams. Un prix très raisonnable au vu de la qualité du service offert. La maison abrite également un atelier de tissage de tapis animé par une autre membre de la coopérative.


Fadma au milieu de ses tapis à Taznakht. Crédit: Hamza Bordo / Le Desk


Sur le chemin de la coopérative, au pied d’une petite colline attenante à la Kasbah, des Juifs berbères reposent éternellement, en paix, dans un cimetière-enclos de quarante-six oliviers plantés par Baali, le gardien, et sa femme Touda, qui l’aide aussi pour le pâturage et l’agriculture. Tous deux veillent sur ce lieu de mémoire et de recueillement depuis 2004, date de sa restauration. Il attire nombre de Juifs natifs de la région qui viennent s’informer sur leur histoire et prier pour leurs ancêtres.


Le cimetière juif de Taznakht préservé depuis 2004. Crédit: Hamza Bordo / Le Desk


Au milieu de la Kasbah historique de Taznakht, la coopérative artisanale est un espace aménagé au sein de la grande demeure de la célèbre famille Akhchif, originaire de la région. Fadma Akhchif, sa présidente y est entourée de neufs femmes tisserandes.


Les tisserandes de Taznakht. Crédit: Hamza Bordo / Le Desk


Aux visiteurs, elle explique les méthodes de tissage, inventorie les outils et les matériaux utilisés et dénombre fièrement les types de tapis qui font la renommée de la région : « Le tapis assure notre meilleure publicité, c’est notre ambassadeur dans tous les recoins du monde », lance-t-elle, rappelant les nombreuses expositions qu’elle a eu à mener, notamment dans les villes du pays, à Rabat, à Marrakech, à Fès, entre autres, mais aussi à l’étranger, citant en exemple le Monténégro ou l’Arabie Saoudite et égrenant ses récompenses. Elle montre aussi la photographie accrochée au mur de l’écrivaine Fatima Mernissi saluant la « maalma » de tapis Lalla Ija à Taznakht. Fadma se souvient que Mernissi avait dit, avant de prendre la photo, que « ses mains sont en or ».


Une tisserande présente un tapis de Taznakht. Crédit: Hamza Bordo / Le Desk


Pour Safia Amintras, membre de la Chambre d’artisanat de Drâa-Tafilalet, des efforts importants ont déployés dans le but de mettre en valeur la qualité du tapis traditionnel de Taznakht, notamment celui d’Aït Ouaouzguit. Elle a relevé que le secret de la beauté du tapis Taznakht réside surtout dans une race ovine du massif de Jbel Siroua, réputée pour la qualité de sa laine uniformément blanche ou noire avec une toison de poils longs, lisses au toucher, propres et homogènes. Présidente de la coopérative féminine Iznagen du tapis traditionnel, elle a mis en relief le rôle joué aussi par cette structure dans la promotion et la commercialisation des produits de ses membres.


Des tapis de Taznakht. Crédit: Hamza Bordo / Le Desk


Le Centre féminin de promotion du tapis de Taznakht qui accueille le Groupement d’intérêt économique (GIE) Tagdifte pour le tapis d’Ait Ouaouzguit contribue ainsi à la valorisation et la commercialisation des produits de l’artisanat sur les plan local, national et international.


Le Complexe d’artisanat de Taznakht développe un projet de commercialisation et de réhabilitation du tapis d’Ait Ouaouzguit, ainsi que sa préservation à travers la labellisation de ce produit de l’artisanat. Récemment, ce lieu a vu la signature d’un accord de partenariat entre plusieurs institutions pour la consolidation de la place du tapis local et le soutien aux femmes actives dans ce domaine.


La préservation du tapis de Taznakht au centre de la politique artisanale nationale. Crédit: Hamza Bordo / Le Desk


Cette convention porte sur la création de la première unité semi-industrielle de filage qui sera spécialisée dans l’approvisionnement des artisans en matières premières, notamment la laine, et le développement de teintures naturelles dans le cadre du lancement de projets de qualification au niveau provincial, dont la construction d’une unité de production de fils pour tapis au profit de 22 000 artisanes.

 

Les tapis du pouvoir

Fadma expose des dizaines de tapis et assigne les appellations, souligne les différences, et révèle leurs types, entre les murs de sa maison dont les meubles sont agrémentés de couleurs vives. Parmi les types de tapis bien connus de Tazenakht, elle mentionne le Zanifi, attribué à une ancienne famille qui a régné sur la région du XVIème jusqu’au début du XXème siècle. La souveraineté du chef Ahmed Zanifi s’est étendue jusqu’à Zagora avant que la famille El Glaoui ne mette fin à son pouvoir.


Association Vieux village à Taznakht. Crédit: Hamza Bordo / Le Desk


Tighremt est le nom du village ancestral constituant le chef-lieu du règne de la famille sur le reste des régions. Le vieux ksar pénétré par un une tour délabrée qui héberge aujourd’hui le siège de l’association du Vieux Village présidée justement par Mohammed Zanifi, le petit-fils de l’ancien commandant, est toujours hanté par la mémoire du lieu.


Une tisserande et son tapis de Taznakht. Crédit: Hamza Bordo / Le Desk


À Tighremt se trouve aussi une demeure que l’on nomme Amsri N’Ouroumi (la demeure du chrétien en amazigh). C’était la maison où a séjourné le voyageur français Charles de Foucauld lors de son passage dans la région en 1884. Dans ses mémoires « Reconnaissance au Maroc », il écrit : « Taznakht est un gros village, […] s’étendent à perte de vue les solitudes pierreuses que traverse le chemin de Tikirt  à l’est, on aperçoit une portion de la plaine des Zenâga et au-delà, se dressant sur un piédestal de montagnes grises, la haute cime blanche du Djebel Siroua ».


Les vestiges d'une Kasbah de la région de Taznakht. Crédit: Hamza Bordo / Le Desk


Les hauts faîtes de Siroua se hissent inlassablement étincelantes de blancheur. Elles caressent le duvet fleuri des amandiers et démêlent les fils rouges tressés par les mains vénérables des pieuses femmes de la gracieuse ville de Tazenakht, dirait le poète.


Des troupeaux à Taznakht. Crédit: Hamza Bordo / Le Desk


Dans les environs, l’antique oasis d’Amazzer a pris naissance, en cet endroit reculé du Maroc, en raison d’une palmeraie qui jaillit littéralement dans un saisissant univers minéral. Là encore, une kasbah garde encore ses murs debout d’une rusticité brute, sur l’éminence qui domine l’oued. Le paysage, contraste entre le désert de rochers et les palmiers qui croissent en un mince ruban.


Toujours dans la région, entre Ouarzazate et Taroudant, se trouve la Kasbah Toloun, lieu prisé par les touristes parce-qu’encore habitée depuis des siècles.

 

Séjours vacances à Taznakht
Taznakht se situe à l’ouest de la province de Ouarzazate. Elle est bordée à l’ouest par la province de Taroudant, à l’est par le district de Ouarzazate et la ville d’Agdz, au nord par Amrozgan et au sud par la province de Tata.
S’y rendre ?
Par avion via l’aéroport de Ouarzazate ou à celui d’Agadir. Le touriste pourra par la suite louer une voiture ou prendre un taxi. Les autocars sont également disponibles reliant Taznakht à Ouarzazate, à Tata, à Agadir, à Marrakech, à Casablanca entre autres villes du royaume.
Quand s’y rendre ?
Taznakht accueille les touristes toute l’année. Il y fait extrêmement beau chaque jour, toutes les saisons, notamment au printemps. Cependant, en juin et en août, la température s’élève considérablement. Le froid s’intensifie, par ailleurs, en décembre et janvier.
Se déplacer en ville
La randonnée est recommandée en ville. Pour visiter la Kasbah, il y a des taxis. Et pour découvrir les communes environnantes, le mieux serait de louer une voiture 4×4 auprès d’agences de location, de préférence avec chauffeur et guide touristique.
Manger
Au centre-ville se trouve une variété de restaurants. Il y a le choix entre des plats locaux comme le tagine, la viande grillée ou le couscous et entre une restauration moderne, des snacks ou fast-food.
Dormir
Pour ceux qui souhaitent se familiariser avec les us et les coutumes des habitants, ils peuvent passer la nuit dans les maisons d’hôtes ou dans les refuses disséminés dans la ville. Leurs prix débutent à partir de 200 dirhams. Il y a également des hôtels propres mais non-classés au centre-ville. Pour les personnes cherchant des hôtels classés, il est recommandé de se diriger vers Ouarzazate qui est à une heure de distance.
Appeler
Le Conseil régional du tourisme à Ouarzazate
Avenue Mansour-Eddahbi
Ouarzazate
Tél : +212 5 24 88 23 66

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