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30.11.2023 à 23 H 37 • Mis à jour le 01.12.2023 à 00 H 04

Gaza: à Marrakech, des professionnels du cinéma dénoncent le silence du FIFM

Une mobilisation a eu lieu ce mercredi, en marge du Festival international du film de Marrakech, à la Ville ocre, pour rappeler le soutien à la cause palestinienne mais aussi et surtout, pour pointer du doigt le silence imposé sur la guerre menée par Israël à Gaza

C'était le mot d'ordre lors du sit-in organisé ce 29 novembre, au quartier Gueliz de la Ville ocre. Rappeler le soutien à la cause palestinienne, mais aussi pour des artistes et professionnels du cinéma sur place, dénoncer le silence des organisateurs du Festival international du film de Marrakech.


D'après les initiateurs de la mobilisation, plusieurs cinéastes devaient faire acte de présence ce mercredi en fin de journée. La volonté a été exprimée par nombre des participants qui ont signé, la veille de cette manifestation, une lettre où ils appelaient « les cinéastes, producteurs, acteurs, programmateurs, professionnels du cinéma présents au FIFM à se joindre au rassemblement de solidarité » organisé par la section marrakchie du Front.


Refusant de « tolérer le silence du festival de Marrakech sur le génocide commis par Israël contre les Palestiniens assiégés de Gaza », vingt-cinq réalisateurs, producteurs, acteurs, professionnels du cinéma internationaux participant à cet événement ont ainsi endossé le sit-in. A la grande satisfaction des membres du Front, ce soutien devait non seulement rehausser cet événement, mais réitérer « l’union de l’ensemble des forces vives nationales et internationales autour de la cause juste et légitime du peuple palestinien et la solidarité mondiale immuable avec ce dernier  », comme l’a souligné au Desk, Jamal Bahar, vice-coordonnateur du Front à Marrakech.


Des artistes devenus invisibles

Or, le coup d’envoi du sit-in donné et alors que la rue où se sont réunis les manifestants en solidarité avec Gaza vibrait des chants et slogans portés par pas moins d’une centaine de manifestants, ces artistes n’étaient pas visibles. Le sit-in s'est poursuivi en leur absence...


Ceux présents, à peines six, sont restés à l'écart de la foule participant au sit-in, attendant sa fin pour se rendre au "18", le centre culturel où se tenait par la même occasion une soirée « pour discuter de la manière d'être en solidarité active et stratégique avec les Palestiniens », organisée par Eye On Palestine-Maroc et le Palestine Film Institute.


Parmi ce groupe, seule l’Irakienne Hana Al Bayaty, documentariste et directrice exécutive du centre Cinémathèque du film alternatif acceptera de s'exprimer, faisant part de son « engagement  » et « obligation » de soutenir le peuple palestinien. « J’aurais célébré cette journée là où je serais été. Cette année ça a coïncidé avec le festival de Marrakech. Et donc puisque je suis là, j’ai répondu présente à cet appel », nous a-t-elle affirmé, avant de mettre sa casquette de militante et se diriger au milieu de la manifestation pour prendre la parole.


Devant les manifestants, Al Bayaty a commencé à exposer les différentes formes d’oppression que subit le peuple palestinien, présentant plusieurs arguments contres « les crimes de guerre » commis par l’État hébreu sous « le regard et le silence du monde entier » et ses différentes « violations du droit international et humanitaire  ». Pour cette cinéaste engagée, «  nous ne devons pas avoir peur du mot politique. L’art doit questionner le monde. S’il n’accomplit pas cette mission c’est du simple et pur entertainment. Quand on est investi de façon artistique, on est témoin de ce monde et la question de la Palestine est une question centrale de la justice dans notre monde  ».


Interrogés par Le Desk, les organisateurs nous confirment que « plusieurs de ceux-ci, voire la majorité se sont excusés et ne prendront pas part à la manifestation ». La raison selon eux ? Des pressions exercées par les organisateurs du FIFM.


Ainsi, sur vingt-cinq signataires, moins d’une dizaine ont fait acte de présence, et une seule a exprimé clairement et sans équivoque sa position en soutien de la Palestine. Ce revirement de position de cinéastes qui déclaraient la veille du sit-in que « partout dans le monde, ceux qui dénoncent publiquement les atrocités commises par Israël sont confrontés à de l'intimidation, au harcèlement et à une criminalisation croissante  », et qui se positionnaient parmi ceux qui « adoptent une position claire et de principe en faveur de la justice ».



Questionné par Le Desk, le vice-coordonnateur du Front reprend les mêmes termes pour expliquer cette volte-face. « Quand l’appel a été lancé pour coordonner avec le Front, plusieurs d’entre eux ont reçu des appels de diverses parties qui leur ont fait changer d’avis », a fait savoir le militant, soulignant qu’une quinzaine de ces personnalités se sont excusées la veille-même. Celles-ci, a ajouté Bahar, évoquant des formes « d’intimidation », des « menaces de perdre des avantages ou intérêts spécifiques » et diverses autres « pressions ».


Selon une source sur place, ayant préféré s’exprimer sous couvert d’anonymat, « plusieurs des participants au festival sont là pour promouvoir leurs productions ou pour lever des fonds pour financer leurs futurs projets ». Pour celles-ci, se positionner sur une question aussi sensible et polémique signifierait « mettre en colère plusieurs personnes influentes, et éventuellement nuire à leurs carrières  », explique notre source, avant d’ajouter que s’il serait « facile d’endosser une cause en théorie, passer à la pratique demande beaucoup de courage. Et c’est là que plusieurs considérations entrent en jeu ».


Ces arguments, qui nous ont d’ailleurs été avancés par différentes parties prenantes au FIFM et ce, depuis son début expliquerait donc l’absence de ces professionnels du cinéma lors du sit-in de ce mercredi, d’autant plus que les mêmes considérations évoquées empêchent même les grandes stars à s'exprimer  sur ce débat épineux. Résultat : un divorce douloureux entre la politique et l'art.

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