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20.02.2017 à 04 H 30 • Mis à jour le 20.02.2017 à 18 H 30
Par
Diplomatie royale

En Zambie, Mohammed VI défend sa vision pragmatique pour l’Afrique

Le roi Mohammed VI a été accueilli par le président de la république de Zambie, suite à son arrivée à Lusaka. MAP
Depuis 2011, la Zambie est tiraillée par ses alliances traditionnelles en Afrique et par son désir de développer ses relations bilatérales avec le Maroc. Dans le sillage de son discours d’Addis Abeba, le roi, en visite à Lusaka compte en finir avec ce mouvement de balancier

Mohammed VI a atterri dimanche 19 février au soir à Lusaka pour une visite officielle de trois jours en Zambie, deuxième étape d’une nouvelle tournée royale entamée au Ghana et qui le conduira dans d’autres pays africains.


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De tous ses périples sur le continent, l’étape zambienne est singulière, tant les relations entre les deux pays ont connu des rebondissements, notamment ces derniers mois autour de la question du Sahara dans le contexte de l’adhésion du Maroc à l’Union africaine.



La Zambie avait annoncé à Rabat en juillet dernier la rupture de ses relations avec la « RASD » et signé avec 27 autres pays africains la « motion de Kigali » demandant sa suspension de l’Union africaine. Mais l’actuel gouvernement zambien semble encore tiraillé entre son désir de développer ses relations bilatérales avec le Maroc et la pression de ses influents voisins de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC), notamment l’Afrique du sud et le Zimbabwe, acquis aux thèses du Polisario, sans oublier l’Algérie qui joue des coudes pour garder Lusaka dans le giron des pays hostiles aux thèses africaines portées par la nouvelle diplomatie royale.



Après une visite de trois jours en Afrique du sud, durant laquelle il a rencontré le président Jacob Zuma et assisté au 105e anniversaire de l’ANC, le chef du Polisario avait été reçu en janvier 2017 en Zambie. Brahim Ghali avait été accueilli sur le tarmac de l’aéroport de Lusaka par le ministre zambien des Affaires étrangères, Harry Kalaba, puis a participé à un dîner offert par le président Edgar Lungu. Ce dernier avait déjà reçu en octobre le ministre des Affaires étrangères de la « RASD », Mohamed Salem Ould Salek, et avait alors réaffirmé son soutien aux « droits légitimes » des Sahraouis.


Brahim Ghali et le président zambien Edgar Lungu début janvier 2017 à Lusaka. SPS


Soutien historique des mouvements de libération dans la région, la Zambie a reconnu la RASD dès 1979 mais n’a accueilli un ambassadeur sahraoui qu’en 2005, dans le sillage de l’Afrique du sud, du Kenya et de la Tanzanie, suite au refus du Maroc d’accepter le deuxième plan Baker.


Revirements successifs depuis 2011

En 2011, Rabat avait réussi à convaincre le gouvernement précédent, dirigé par Rupiah Banda du Mouvement pour une démocratie multipartite (MMD), de suspendre ses relations avec la « RASD ». Mais l’arrivée au pouvoir un an plus tard du Front Patriotique de Michael Sata a une nouvelle fois changé la donne.


Sans aller jusqu’à rouvrir l’ambassade de la « RASD », la Zambie a alors soutenu l’organisation d’un référendum d’autodétermination dans les fora internationaux, notamment au niveau de la 4e commission de l’ONU. Après le décès de Michael Sata, son successeur Edgar Lungu a franchi le pas en février 2016 en accréditant l’ambassadeur sahraoui résident en Tanzanie, Brahim Salem Buseif.


Un changement de position qui a poussé Rabat à s’activer auprès du gouvernement Lungu, alors que le royaume préparait son retour au sein de l’Union africaine. En juillet dernier, le ministre des Affaires étrangères Harry Kabala a été reçu au Maroc et avait annoncé la décision de son pays « de retirer sa reconnaissance de la pseudo « RASD » et de rompre ses relations diplomatiques avec cette entité », lors d’un point de presse conjoint avec le ministre délégué Nasser Bourita, qui déclarait alors que ce retrait « ouvrira une nouvelle page dans les relations maroco-zambiennes et contribuera à la promotion des échanges bilatéraux à tous les niveaux ». Quelques jours plus tard, la Zambie a même signé la « motion de Kigali » lors du sommet de l’UA, demandant la suspension de la « RASD » de l’organisation continentale.


Le ministre zambien des Affaires étrangères Harry Kabala aux côtés de Nasser Bourita à Rabat en juillet 2016 pour annoncer la rupture des relations diplomatiques avec la RASD. DR


Des pressions persistantes des alliés du Polisario

La lune de miel a toutefois été de courte durée. En août 2016, date de la réélection d’Edgar Lungu, la Cour constitutionnelle de Zambie a rendu un jugement déclarant illégal le maintien au pouvoir des ministres zambiens depuis la dissolution du parlement en mai 2016 et les sommant de rembourser les salaires perçus sur cette période.


En novembre, Lungu avait participé au sommet des chefs d’États africains à Marrakech, en marge de la COP 22 et le 5 décembre, Saadia El Alaoui, ambassadeur du Maroc à Lusaka était reçue par le président Edgar Lungu, mais celui-ci était sous pression des alliés du Polisario, le poussant à recevoir dès octobre Mohamed Salem Ould Salek, avant d’accueillir en janvier dernier Brahim Ghali, alors que la visite de Mohammed VI à Lusaka, prévue début décembre, avait alors de son côté été reportée sans explications.


Le 9 février, le ministre des Affaires étrangères algérien Ramtane Lamamra recevait à Alger Harry Kalaba, l’occasion pour le diplomate de déclarer à la Radio algérienne que son pays et la Zambie « sont sur la même ligne en ce qui concerne la solidarité avec les peuples du Sahara occidental et de Palestine ». Dans la foulée, le président zambien acceptait une invitation de Abdelaziz Bouteflika au cours de l’année.



La carte marocaine du co-développement

Ce chassé-croisé montre à quel point l’éviction de la « RASD » de l’UA ne sera pas tâche aisée pour le Maroc, qui devra s’assurer au minimum du soutien de deux tiers des Etats membres (36 votes), depuis son retour au sein de l’organisation panafricaine.


Cependant, lors de l’ultime baroud des adversaires du Maroc à l’Union africaine, le 13 novembre 2016, la Zambie n’a pas rejoint les dix pays (le Lesotho, le Nigeria, l’Algérie, l’Ouganda, le Malawi, le Mozambique, le Kenya, l’Afrique du Sud, le Soudan du Sud et le Zimbabwe) qui avaient sollicité l’avis du conseiller juridique intérim de l’UA afin qu’il « donne son avis juridique sur des questions relatives à l’admission du Maroc ».


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A Lusaka, l’objectif de Mohammed VI sera de démontrer que l’engagement du Maroc en Afrique participe à une logique de co-développement continentale et non d’une ingérence expansionniste, thèse jusqu’ici largement dominante auprès de certains pays d’Afrique australe et de l’Est dont les régimes, comme celui de l’ancien président zambien Kenneth Kuanda, étaient les ardents dépositaires.



Parmi les questions d’intérêt commun et à caractère sensible et prioritaire, la problématique du changement climatique sur laquelle le président Edgar Lungu s’est exprimé à l’occasion de la 22ème Conférence des parties à la convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (COP22), tenue en novembre à Marrakech, se prononçant pour une équité entre le financement de l’adaptation au changement climatique et de l’atténuation de ce phénomène.


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Pour le président zambien, les pays en voie de développement  « ne reçoivent pas assez de soutien » et ont toujours autant de mal à attirer les aides du secteur privé.  Dans ce sens, les chefs de plusieurs entreprises zambiennes et marocaines ont tenu, samedi 18 février à Lusaka, un important forum destiné à examiner les moyens de renforcer leurs relations de partenariat dans plusieurs secteurs. C’est dans ce même cadre que s’inscrit l’Initiative pour l’Adaptation de l’Agriculture Africaine au changement climatique, dite “Initiative Triple A” , que le Royaume du Maroc avait promue lors de la COP22. Une réponse concrète aux défis communs posés par les changements climatiques, cette initiative vise à lever un financement plus important au profit de l’Adaptation de la petite Agriculture Africaine, mais également à accompagner la structuration et l’accélération de projets agricoles.