PLF 2026 : quatre priorités pour « ancrer le Maroc dans l’émergence »
Le Chef du gouvernement Aziz Akhannouch. Crédit : MAP
Le Chef du gouvernement Aziz Akhannouch a adressé, ce vendredi 8 août, aux départements ministériels la note de cadrage du projet de loi de finances 2026 (PLF 2026). Présenté comme un « tournant stratégique » dans le parcours de développement national, ce budget fixe quatre priorités : consolider l’émergence économique, réduire les disparités sociales et territoriales, renforcer l’État social et accélérer les réformes structurelles, tout en préservant les équilibres macroéconomiques.
Ce projet s’inscrit dans la continuité du discours royal prononcé à l’occasion du 26e anniversaire de la Fête du Trône. Il entend mobiliser tous les leviers d’investissement, de réformes et de politiques sectorielles pour renforcer la compétitivité et la résilience de l’économie, tout en assurant un développement équilibré et inclusif. Le Maroc remplit aujourd’hui les critères reconnus par les institutions internationales pour figurer parmi les pays émergents, avec une croissance moyenne du PIB réel de 4,4 % depuis la crise sanitaire, une inflation maîtrisée à 0,9 % en 2024, une dette publique sous le seuil de 70 % du PIB et des réserves de change équivalant à 5,5 mois d’importations.
Investissements structurants et effet catalyseur du Mondial 2030
Le gouvernement veut tirer parti de la co-organisation de la Coupe du monde 2030 pour accélérer la modernisation des infrastructures et stimuler l’investissement productif. Parmi les projets phares figurent l’extension de la flotte de Royal Air Maroc à 200 avions d’ici 2033 pour un coût de 160 milliards de dirhams (MMDH), le prolongement de la ligne à grande vitesse de Kénitra à Marrakech mobilisant 96 MMDH, et la modernisation de cinq aéroports pour un investissement global de 25 MMDH.
Plus de 100 MMDH seront également consacrés au développement de projets énergétiques, notamment dans le gaz et l’hydrogène vert. Les infrastructures routières et portuaires bénéficieront aussi d’un soutien important, avec l’achèvement de Nador West Med, l’accélération des travaux du port Dakhla Atlantique et la construction d’un nouveau corridor autoroutier entre Casablanca et Rabat.
Capitaliser sur les secteurs porteurs
Le PLF 2026 accorde une place importante aux secteurs jugés stratégiques pour l’économie nationale. Dans le tourisme, la dynamique enregistrée au premier semestre 2025, avec une hausse de 19 % des arrivées par rapport à 2024 et des recettes atteignant 54 milliards de dirhams, sera consolidée. Les programmes Cap Hospitality, doté de 4 MMDH, Go Siyaha, visant l’accompagnement de 1 700 entreprises touristiques, et la nouvelle classification des établissements d’hébergement seront poursuivis, avec un accent mis sur la qualité et la durabilité de l’offre.
En agriculture, l’objectif est de maintenir la stabilité des investissements, de valoriser et développer les filières, d’améliorer la commercialisation et la distribution des produits, et de promouvoir l’innovation et l’intégration technologique. Le secteur industriel, en plein essor, verra la poursuite de la politique de réindustrialisation, le soutien aux très petites, petites et moyennes entreprises, et le renforcement de la recherche et de l’innovation. La mise en œuvre de la nouvelle charte de l’investissement doit favoriser la création d’emplois durables, l’équité territoriale et l’orientation vers les activités à forte valeur ajoutée.
Pour le commerce extérieur, une feuille de route vise à élargir la base des exportateurs en ajoutant 400 nouveaux opérateurs par an et à exploiter 600 opportunités d’exportation non encore mobilisées, estimées à 14 MMDH, dans des secteurs comme le cuir, les dispositifs médicaux ou les industries solaires. Enfin, l’intégration progressive de l’économie informelle passera par la simplification des démarches, des incitations, un accompagnement adapté et un accès élargi à la protection sociale, avec des mesures contraignantes pour intégrer ces unités dans le circuit fiscal.
Souveraineté énergétique et transition numérique
La stratégie énergétique repose sur la diversification des sources, le renforcement de la part des énergies renouvelables, avec un objectif de 52 % dans le mix électrique à l’horizon 2030, et le développement de l’hydrogène vert comme filière d’avenir. Le gaz naturel est positionné comme énergie de transition pour accompagner la décarbonation tout en préservant la compétitivité.
En parallèle, le numérique est placé au cœur des priorités avec la mise en œuvre de la stratégie « Maroc Digital 2030 ». Celle-ci prévoit la généralisation des services publics en ligne, la création d’une infrastructure nationale de cloud souverain, le renforcement de la cybersécurité et la formation de trois fois plus de diplômés dans les métiers du digital d’ici 2027.
Réduction des disparités et développement territorial intégré
Le PLF 2026 engage une nouvelle génération de programmes de développement territorial, fondés sur la valorisation des spécificités régionales et la solidarité entre territoires, avec une attention particulière portée aux zones vulnérables. L’éducation et la formation professionnelle sont identifiées comme leviers essentiels. Le programme « Écoles pionnières » sera généralisé à 1,3 million d’élèves et complété par la création de 400 « Écoles de la deuxième chance » d’ici 2030. De nouvelles Cités des métiers et des compétences seront ouvertes, dans le cadre d’une feuille de route visant à ramener le taux de chômage à 9 % en 2030.
Renforcement de l’État social
Près de quatre millions de familles bénéficient déjà d’aides directes encadrées par le Registre social unifié et déployées par l’Agence nationale d’aide sociale. L’Assurance maladie obligatoire couvre désormais 88 % de la population. En matière de logement, 57 000 ménages ont été soutenus à fin juillet 2025, dont près de la moitié sont des femmes.
La lutte contre l’habitat insalubre progresse avec 62 villes déclarées sans bidonvilles. Le programme de reconstruction des zones touchées par le séisme d’Al Haouz se poursuit, avec 14,5 milliards de dirhams mobilisés. Les mesures issues du dialogue social et les révisions fiscales associées devraient atteindre un coût cumulé de 47,8 milliards de dirhams d’ici fin 2026.
Réformes institutionnelles et maîtrise macroéconomique
Le PLF 2026 prolonge la réforme des établissements et entreprises publics pour recentrer leur action sur des missions stratégiques et réduire leur dépendance au budget de l’État. La transformation administrative se traduit par la simplification des procédures, la digitalisation des services et un rapprochement de l’administration du citoyen. La réforme de la justice reste un axe central, avec la révision de la carte judiciaire, la réforme du Code de la famille, la dématérialisation des procédures et l’introduction de peines alternatives. La valorisation de la langue amazighe se poursuit dans les services publics, l’éducation et la communication institutionnelle. Une réforme de la Loi organique relative à la loi de finances est programmée pour élargir son champ d’application, encadrer la dette à long terme et améliorer la cohérence des politiques publiques.
Pour 2026, le gouvernement prévoit une croissance du PIB de 4,5 %, un déficit public réduit à 3 % du PIB, une dette contenue à 65,8 % et une inflation maintenue sous les 2 %. Ces objectifs reposent sur la maîtrise des dépenses de fonctionnement, la concentration des moyens sur les investissements à fort impact et la diversification des financements, notamment par la valorisation des actifs publics et le recours aux partenariats public-privé.
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