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26.02.2017 à 19 H 37 • Mis à jour le 27.02.2017 à 17 H 02
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n°106.Le Polisario pris de court par le retrait du Maroc de la zone tampon de Guerguerat

Le risque d’un affrontement armé entre les FAR et les forces du Polisario n’a jamais été aussi élevé depuis le cessez-le-feu 1991. Rabat a décidé de se retirer unilatéralement de la zone tampon, prélude à une accalmie sur le terrain. Une source diplomatique marocaine s’explique sur les ressorts de cette action et sur la contrainte désormais subie par le Polisario s'il refuse d'obtempérer à l'ONU

Jamais depuis 1991, le Maroc et le Polisario n’ont été si proches d’un affrontement armé, au point que la situation, jusqu’ici très tendue à Guerguerat inquiétait au plus haut point les chancelleries.

 

Informé des velléités du Polisario qui, après avoir paradé dans la zone qui sépare le mur de défense des Forces armées royales de la frontière mauritanienne, harcèle désormais les camions civils marocains qui font commerce avec Nouakchott, le roi Mohammed VI avait dès vendredi 24 février averti au téléphone Antonio Guterres que le Maroc n’accepterait pas davantage ces « provocations ».



« Le message royal a porté sur trois éléments : porter l’attention sur la gravité de la situation sur le terrain, que le statut juridique de la zone soit clarifié, et enfin demander au secrétaire général de l’ONU d’entreprendre des démarches urgentes et concrètes pour mettre fin à la situation », explique une source diplomatique marocaine consultée par Le Desk.


Le Secrétaire général des Nations-Unies a alors immédiatement convoqué Ahmed Boukhari, le représentant du Polisario à l’ONU et entrepris, selon nos sources, « des consultations informelles avec certains membres du Conseil de sécurité ».


Dans la soirée de samedi, Guterres, par la voix de son porte-parole a rendu public un communiqué dans lequel il se déclare « profondément préoccupé par les tensions accrues » à Guerguerat et « appelle les deux parties à faire preuve de la plus grande retenue ».

 

C’est le statut de la zone tampon qui est mise en avant, précise le diplomate marocain, « c’est-à-dire dégagée de toute présence militaire, le SG de l’ONU ayant évoqué la fluidité du trafic routier qui doit être respectée et a pris l’initiative d’appeler les parties à se retirer de manière inconditionnelle ».


Au Polisario, Antonio Guterres soulignait « que le trafic commercial ne doit pas être obstrué et qu’aucune mesure pouvant éventuellement changer le statut quo dans la zone tampon ne devrait être prise ». Il exhortait en même temps le Maroc « à retirer sans conditions les éléments armés de la zone tampon dès que possible ».


Aussi, les Nations-Unies ont requis aux deux belligérants de revenir à la situation antérieure, c’est-à-dire celle prescrite par l’Accord militaire n°1 conclu dans la foulée du cessez-le-feu de 1991. « En réponse à cela, le Maroc a souhaité encourager les efforts du SG, qui faut-il le rappeler a hérité d’une situation qui date d’août 2016 et donc par conséquent, il fallait l’aider dans ce sens », commente la source au Desk.


Il faut dire que les conditions d’un embrasement même de courte durée, compte-tenu du rapport de force militaire asymétrique largement favorable au Maroc, étaient réunies.


Une « douane » de la « RASD », intolérable pour Rabat

Le fait que le Polisario accentue sa pression en imposant même une sorte de check-point de fait sur le tronçon routier dont il a bloqué le goudronnage était devenu intolérable pour Rabat, d’autant plus que les éléments armés déployés depuis Mijek (à l’est du mur de sable) jusqu’à Guerguerat depuis novembre 2016 ambitionnent d’édifier des casemates en dur et d’installer un contrôle de type douanier. Le Polisario a même évoqué de tamponner les passeports des personnes en transit vers la Mauritanie, du sceau de la « RASD » et affirmer ainsi son autorité de fait sur la zone, n’excluant pas d’ailleurs de fermer le passage au besoin.


Le Maroc a laissé faire, s’employant durant des mois à s’assurer de son adhésion au sein de l’Union africaine. Mais alors que le roi Mohammed VI est toujours en tournée sur le continent pour consolider ses acquis, le Polisario avait multiplié ses actions au risque de déclencher une riposte des FAR sur la base d’un droit de hot pursuit .


Jusqu’ici le Maroc se sentait moins contraint pour envisager une opération de type blitzkrieg depuis qu’il s’est assuré de son retour au sein de l’organisation panafricaine, affirment nombre d’observateurs. Sur le plan militaire, il a un net avantage non seulement en puissance de feu, mais aussi parce-que l’affrontement aurait lieu dans une zone excentrée, loin de l’influence algérienne. En effet, une opération armée aux confins du sud de la frontière mauritanienne est nettement moins risquée. « De loin plus fort militairement, il a envie d’administrer une raclée à ceux qui l’ont défié l’empêchant, dans la pratique, d’élargir son contrôle du Sahara occidental jusqu’à la frontière mauritanienne », résumait le site d’information algérien TSA.



Après la décision de tempérance prise par le Maroc, l’ONU va-t-elle pouvoir obtenir gain de cause de la part du Polisario ? « Le SG de l’ONU a pris la décision de demander à un retour à la situation antérieure et donc le Maroc a décidé de son côté de donner toutes les chances à cette initiative, tout en précisant que le résultat de cette démarche devrait se concrétiser par un retour à la situation de 2016, c’est-à-dire à une zone libre de toute présence militaire et exempte de toute action de construction, que son statut de zone tampon soit protégé et respecté, que le passage des véhicules et des personnes ne soit pas entravé et enfin que le cessez-le-feu soit respecté puisque cette présence militaire est déjà une violation de l’Accord militaire n°1 », commente la source diplomatique consultée par Le Desk.


« C’est dans cet esprit qu’il faut lire la réaction marocaine à l’appel du SG de l’ONU, en espérant bien entendu que cela puisse aboutir », poursuit la source.


La zone tampon, généralement large de 5 km à l’est se rétrécit au niveau du corridor de Guerguerat qui lui ne fait que 3,7 km du poste frontière marocain à la Mauritanie. « Il est de facto considéré dans la zone tampon », explique la source.


Le Maroc a-t-il déclenché la crise en août en dérogeant à l’Accord de cessez-le-feu (Cf. note confidentielle du DPKO) en projetant ses forces au-delà du berm  ? « Non », réplique le diplomate qui justifie « l’action de nettoyage » qui « n’a pas dérogé » aux contraintes de l’Accord militaire n°1. « Le Maroc a notifié l’ONU comme il est d’usage en expliquant ses intentions », avance la source qui par ailleurs insiste pour préciser que « l’évolution de la situation depuis 1991 dans la zone sahélo-saharienne a changé par ailleurs la donne sécuritaire ».


De plus, Rabat va plus en avant dans l’explication de son « bon droit »  : « Notre opération a été menée par la Gendarmerie royale, un corps paramilitaire qui est doté d’un statut de police administrative en zone rurale », avance la source. « Aussi, la Gendarmerie royale est intervenue sans armes et strictement dans ce cadre. Elle n’est pas assujettie à l’Accord militaire n°1 qui évoque spécifiquement les FAR, tandis que les éléments du Polisario sont intervenus avec des armes lourdes…des armes d’assaut », argumente la source.


« Plus que 700 mètres de route à goudronner »

Interrogée sur le sort du goudronnage de la route menant du poste frontière de Guerguerat à la Mauritanie, le diplomate assure que « celui-ci a été réalisé à plus des deux-tiers, le but essentiel de cette opération ayant été atteint, soit nettoyer la zone dénommée Kandahar et canaliser le trafic. En gardant la présence de plusieurs pistes parallèles à la route, il n’y avait pas la possibilité de contrôler et donc d’identifier les éléments présents sur le territoire. Aujourd’hui, c’est fait ». Et de préciser : « Il y avait auparavant une dizaine de pistes dans tous les sens. Ceux qui sortent du tracé ont manifestement d’autres visées. Il fallait arrêter cela. Nous avons goudronné un peu plus de 2,8 km sur les 3,7 que comptent la route. Il reste environ 700 mètres. Nous verrons par la suite la manière avec laquelle l’asphaltage sera complété, soit par l’ONU, voire par la Mauritanie ».


Quant au check point mauritanien avancé dans la zone tampon, le Maroc considère « qu’il est globalement compris dans la zone frontière avec la Mauritanie dans le cadre des entendements qui existent souvent entre les Etats voisins, compte tenu de l’absence d’un tracé net des frontières », explique la source diplomatique.


Une accélération contraignante pour le Polisario

Suite à son retrait, le Maroc estime que le Polisario est « désormais sous la pression de cette accélération entamée vendredi ». Il a dans ce sens deux choix : soit de s’opposer à la demande du SG de l’ONU et « là son problème ne sera pas avec le Maroc uniquement, il aura à s’en expliquer devant le Secrétaire général et devant les membres du Conseil de sécurité », affirme la source diplomatique. « Il peuvent aussi se retirer et crier victoire, mais dans les faits cela correspond à notre volonté, sachant que le Maroc n’a jamais eu l’intention, ni la volonté de changer sa présence, ni d’ailleurs le statu quo, mais de mettre fin à une situation potentiellement dangereuse sur le terrain. Notre opération à l’origine était d’ordre sécuritaire, sans plus, et notre objectif a été atteint », poursuit-elle.


La pratique de l’ONU veut que son secrétaire général ne prenne pas position ou fasse de déclaration sans avoir consulté au moins ‘le groupe des amis du Sahara occidental’. « Il n’a pas cette marge », rappelle le diplomate, commentant l’appel de Guterres au retrait des forces en présence.


Aussi, sur la suite des événements, les options demeurent ténues. « La situation est désormais entre les mains du Secrétaire général de l’ONU, d’ici à avril date de la prochaine consultation du Conseil de sécurité », répond le diplomate. « Nous verrons ce que décidera alors le Secrétaire général, puisque jusqu’ici la zone n’abritait pas de « team site » de la Minurso. Depuis la dégradation de la situation, une douzaine de membres de la force de maintien de la paix venaient sur site à bord de trois véhicules pour s’interposer uniquement le jour, ils se retiraient à Mahbès la nuit tombée », précise la source diplomatique.


D’ici avril, il n’y aura donc pas de consultations ouvertes avec le Conseil de sécurité « sauf si le Secrétaire général revient avec des nouvelles plus alarmantes », explique le diplomate. Dans ce sens « si le Polisario et son chaperon, l’Algérie, refusent d’obtempérer, le SG devra dès lors assumer ses responsabilités. Il devra alors informer le Conseil de sécurité de l’enlisement de la situation suite à son appel. Le problème serait alors déporté sur la communauté internationale », dit-il. Du côté du Polisario, à ce jour, et en réponse à l’appel de Guterres, le Front s’est borné à exprimer sa disposition « à coopérer avec le nouveau SG de l’ONU », sans préciser davantage ses intentions sur le terrain. Pour Rabat, l’affaire est pliée : Guerguerat est « une zone tampon et elle le restera ».