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#Saad Bendidi
25.09.2017 à 09 H 01 • Mis à jour le 09.10.2017 à 23 H 26
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Après Saham, Saad Bendidi retrouve ses paradis fiscaux

ENQUÊTE A 59 ans, le gourou des plus grands groupes marocains quitte Saham après une mission au long cours auprès du milliardaire et ministre Moulay Hafid Elalamy. De Panama à Malte ou encore au Delaware, son nom apparait dans nombre d'activités financières offshore. Si certaines sont parfaitement légales comme il s'en explique au Desk, d'autres, plus occultes en revanche, gardent leur part de mystère...Révélations

Millimétrée, comme il aime à gérer ses affaires, a été la communication autour du départ de Saad Bendidi de la direction du groupe Saham, dont l’actionnaire principal est le ministre de l’industrie Moulay Hafid Elalamy.


Medias24 a été le premier à dévoiler l’information et ses « explications », confirmées plus tard avec un souci évident de sobriété par un communiqué de presse de Saham.


Communiqué du groupe Saham daté du 7 septembre 2017 annonçant sobrement le départ de Bendidi


Contacté par Telquel.ma, Saad Bendidi a acquiescé. « Je confirme les termes [de l’article de Medias24] un à un  », avait-il déclaré, sans donner plus de précisions « en raison d’un déplacement à l’étranger ».

 

Limogé du holding royal ONA (absorbé depuis par la SNI) avec fracas en 2008, le désormais ancien directeur délégué de Saham avait rejoint le groupe d’assurance fin 2013 à la demande d’Elalamy lorsque ce dernier avait été nommé ministre. A l’époque, enthousiaste, Medias24, évoquait pour souligner son « sérieux » et sa rectitude un weld ennass, (littéralement garçon de bonne famille).


Il devait rester à la tête de Saham le temps de son mandat. « Une sorte de CDD donc », conclut Telquel.ma, « un intérim », avait précédemment dit Medias24, rappelant le terme usité par la communication de Saham à son recrutement.


Saad Bendidi alors directeur délégué du groupe Saham. AIC PRESS


« Moulay Hafid était très engagé dans les activités du groupe. Avant de quitter son poste, il devait trouver une personne du même calibre que lui pour prendre la tête des troupes et poursuivre la stratégie d’expansion de Saham. Un tel profil ne court pas les rues », signalait à l’époque une source interne de l’entreprise à Jeune Afrique qui lui tirait un portrait bien flatteur. D’autres sources citées par Le360.ma affirment que le gourou des plus grands groupes financiers marocains avait été mandaté pour « encadrer le fils d’Elalamy » afin qu’il assure à terme la relève de son père à la tête de l’ensemble familial… 


Le contexte qui confirmerait cette thèse est le suivant : Ahmed Mehdi Tazi avait en début d’année quitté son poste de PDG et d’administrateur de Saham Assurance. Le 2 janvier, Saham Assurance faisait état d’un redressement fiscal de 130 millions de dirhams concernant les exercices de 2012 à 2015 impactant les résultats de la compagnie. Le Conseil avait alors nommé dans la foulée Nadia Fettah Alaoui en qualité de présidente du conseil d’Administration, Moulay Mhamed Elalamy, fils de Moulay Hafid Elalamy, fondateur du groupe Saham, en qualité de directeur général…


Les longues tractations pour un nouveau gouvernement entamées à l’automne 2016 ont fait languir Bendidi, trépignant de partir, explique son entourage dans la presse. Il a fallu aussi qu’il attende quelques temps, Moulay Hafid Elalamy ayant rempilé à l’Industrie…

 

Dans son communiqué, Saham exprime sa reconnaissance à Bendidi « pour sa contribution au rayonnement du groupe, et à la consolidation de ses positions de leader panafricain dans les métiers de service essentiels à la personne (…) ». « Il a su également ancrer davantage les valeurs fortes du groupe, à savoir l’esprit entrepreneurial, l’éthique et l’excellence », ajoute la même source.

 

Medias24 qui cite des « proches », annonce qu’il reprendra essentiellement ses activités au sein de Mediterrania Capital Partners (MCP), une structure régionale de capital investissement qui doit faire aboutir le closing de son troisième fonds (MC III) de 250 à 300 millions d’euros avant fin 2017 . Les deux précédents avaient déjà entièrement été investis au total à hauteur de 182 millions d’euros. Le portefeuille actuel de MCP dédié exclusivement aux trois pays du Maghreb (Maroc, Algérie, Tunisie), comprend des sociétés dans un large éventail de secteurs :  financier (CashPlus), pharmaceutique (Biopharm), éducation (Université privée de Marrakech), retail (BS Invest), transport et la logistique (San Jose &  Lopez), nouvelles technologies (MedTech Group) etc., peut-on lire sur sa brochure.


Le port de Malte. La petite ile méditerranéenne est devenue le Panama de l’Europe. DR

Saad Bendidi, client n° 5091323784 de la HSBC

Bendidi traine cependant « une réputation de tête brûlée », témoignait à Jeune Afrique, un de ses anciens collaborateurs à l’ONA. Après la parenthèse à la tête du holding royal, il avait investi ses propres deniers dans MCP. Une prise de risque qui s’est révélée avantageuse à bien des égards.


« En 2008, j’ai été invité à me joindre au Comité stratégique de Mediterrania Partners et très vite après avoir été nommé membre du conseil d’administration de deux sociétés de portefeuille, j’ai investi mon propre argent et je suis devenu partenaire de cette entreprise passionnante. Je suis très fier de faire partie d’une équipe aussi talentueuse et laborieuse. Une odyssée à jamais gravée dans ma mémoire », déclare-t-il, pas peu fier, au fronton de sa biographie sur le site de la compagnie.


Détenait-il à l’époque des fonds à l’étranger lui permettant un investissement personnel à l’international ? Selon les SwissLeaks que Le Desk a pu consulter par ailleurs, étant partenaire de l’International Consortium of Investigative journalists (ICIJ), le financier de haut vol était au moins jusqu’à fin 2007 le client n° 5091323784 de la banque suisse HSBC à Genève.


Outre la famille royale, 170 marocains, surtout des hommes d’affaire, apparaissent dans les documents HSBC, pour un montant total de 451 millions de dollars, avait révélé en 2015 Le Monde sur la base des fichiers SwissLeaks qui citait parmi les noms célèbres, Serge Berdugo, un temps ministre du tourisme, aujourd’hui président de la communauté juive marocaine et ambassadeur itinérant du royaume, ou encore Fouad Filali, ex-gendre de Hassan II et ancien patron de l’ONA, mais pas Saad Bendidi… 


Pourtant, deux comptes ont été ouverts en son nom respectivement en juillet et août 2001 et dont la correspondance était bloquée en banque, signe d’une grande discrétion. Le premier affichait un solde moyen de 345 019 euros entre l’automne 2006 et le 31 mars 2007, période couverte par les listings fuités.


Il est en principe illégal, pour des Marocains résidant au Maroc, de détenir un compte bancaire à l’étranger. Ces sommes ont-elles été transférées en transparence totale vis-à-vis des autorités monétaires marocaines, avec l’accord formel et préalable de l’Office des changes, comme l’exige la réglementation applicable au Maroc ?


A noter que l’Office des changes, chargé de réguler la circulation des devises, avait mené en 2015 une vaste campagne d’amnistie en échange du rappel des fonds marocains placés à l’étranger qui s’est achevée sur un rapatriement record de 2,2 milliards d’euros…


Interrogé par Le Desk à ce sujet, Bendidi répond : « Un compte en Suisse ? Non, non, c’est faux…  ». Pourtant, la fiche client établie par la banque en son nom et dont Le Desk détient copie, détaille son identité, ses date et lieu de naissance, sa nationalité, sa fonction (de l’époque) de directeur général de Finance Com, ses adresses postales au Maroc, ses numéros de téléphone personnels et professionnels et les identifications IBAN de ses comptes.


Le second était, selon les annotations de la HSBC, co-détenu par deux autres clients de la banque, Michael Nassar, identifié comme président d’Energy Alight International résident à Dubaï, et Abou Ismail Nezar Saleh, résident à Alexandrie en Egypte.


En marge de la fiche de Bendidi, la HSBC a indiqué que Michael Nassar était signataire d’un contrat avec la société Petro-Chimie au Caire et qu’il était partner de Petro SA en Afrique du Sud. La banque ajoute que le compte co-détenu par Bendidi, Nassar et Saleh devait recevoir de substantiels fonds et qu’une demande avait été reçue pour transférer à partir de ce compte des virements réguliers de l’ordre de 10 000 dollars à la Regions Bank de Houston au Texas en faveur de Nassar. La HSBC a décliné l’ordre pour insuffisance de crédit sur le compte joint, les fonds promis n’avaient pas encore été reçus… 


Malgré tous ses détails, Bendidi assure ne pas connaitre, ni avoir été en lien bancaire avec ces personnes… 


La niche maltaise de Bendidi &  Co

Quant au projet MCP, il a pour origine le groupe financier catalan Riva y Garcia dont Saad Bendidi est partner. Son principal promoteur est Albert Alsina, un économiste de l’université de Barcelone qui, comme Bendidi a cumulé une expérience appréciable dans la finance et l’industrie, notamment dans les télécoms. Si la banque est basée à Barcelone, le fonds a quant à lui établi des bureaux à Casablanca, Alger, Abidjan, Le Caire ou Tunis. Il est incorporé à La Valette, capitale de la République maltaise, où ses activités sont nichées.


« Riva y Garcia est une boutique banque d’affaires familiale centenaire ayant eu mandat de gestion d’un fonds de 62 millions d’euros en 2006 dans le cadre d’une philosophie Accords de Barcelone et donc de stimulation des échanges avec le sud de la Méditerranée, ce qui explique une prédominance des investisseurs espagnols aux côtés de certains multilatéraux. Ce fonds a été totalement investi », explique Saad Bendidi.


S’est posée ensuite la question du deuxième fonds, enchaine-t-il. « Personnellement, j’étais conseiller du premier fonds à partir de 2009, le but étant d’élargir la base d’actionnaires sachant qu’à l’époque les investisseurs qui étaient avec Riva y Garcia étaient dans un contexte difficile compte tenu de la crise », raconte Bendidi. A ce moment, poursuit-il, deux questions essentielles se posaient : le premier fonds sous forme de FCPR (fonds commun de placement à risque), convenait aux Espagnols, mais pas à la communauté des investisseurs au sens large, selon ses dires : un changement de vision de l’activité private equity qui devait être désormais géré par des entités indépendantes de toutes autres ayant des activités par ailleurs, notamment bancaires…Le sacro-saint principe du Chinese wall en somme.


« C’est ce qui s’est passé ici pour Capital Invest, c’est une tendance générale : une société de gestion de fonds en private equity devrait être à 100 % dédiée à cela. Cela lui évite tout conflit d’intérêt ou d’être en appendice ou d’être centrée uniquement sur des clients de la banque etc… », égrène Bendidi, qui souligne que « cette règle est devenue intangible ».


« Un spin off du petit département qui était logé chez Riva y Garcia, mené par Albert Asina a donc été décidé. C’est à ce moment là que j’ai rejoint l’équipe », dit-il.


Restait alors la localisation. « Nous souhaitions être en zone monétaire euro, être régulés par l’AIFMD (Alternative Investment Fund Managers Directive) et donc soumis aux directives européennes , ce qui nous permet de nous adresser aux investisseurs qualifiés de la zone euro et ce sans restrictions. C’était donc clairement Luxembourg ou Malte. Le choix s’est porté pour Malte parce qu’en terme de coûts (professionnels, implantation etc.), ils sont à Luxembourg autrement plus élevés. Plus une certaine proximité géographique par rapport à la zone d’intervention qu’est le Maghreb…  », justifie Bendidi qui ajoute : « De ce point de vue là, il y a eu la création d’une société de gestion, MCP Limited, incorporée à Malte et régulée par le MFSA (Maltese Financial Service Authority)  ».


Le fonds MC II a été doté de 120 millions d’euros, 70 % émanant d’institutions financières de développement, le reste constitué d’investisseurs commerciaux (fonds de fonds, family offices…) européens, nord américains et sud africain (BEI, BERD, SFI, DEG…).  MC III sera lui incorporé à Maurice, mais toujours géré à partir de Malte. « Le souci de le mettre à Maurice est que nous avons souhaité avoir des investisseurs continentaux, notamment la BAD. Pour eux, il y a une règle de base statutaire, ils ne peuvent pas intervenir en dehors du continent. Il a donc fallu trouver une formule qui permette aux internationaux de continuer et aux nouveaux de se conformer à cette exigence », explique Bendidi.


MC III a une extension géographique qui est l’Egypte et l’Afrique subsaharienne francophone. « Des deals sont déjà identifiés et c’est en prévision à cela que des bureaux ont été ouverts à Abidjan et au Caire », précise Bendidi. « Il est targeté à 250 millions d’euros, mais en cas de sur-souscriptions, il est envisageable de lui faire dépasser le cap des 300 », affirme-t-il confiant.



La galaxie Bendidi dans les paradis fiscaux. Le volet maltais est daté de septembre 2016 et ne compte pas le fonds MC III en cours de closing car logé à l'île Maurice. MOHAMED DRISSI KAMILI / LE DESK


Ainsi, pour Bendidi, le choix de Malte s’est imposé pour des contingences de gestion et dans un cadre réglementé et transparent. Un avis qui n’est pas partagé par tous : L’Union européenne estime que Malte n’a pas réussi à assurer la transparence requise contre les pratiques occultes de ses investisseurs, comme le souligne Times of Malta.



Mediapart et ses partenaires du réseau de médias European Investigative Collaborations (EIC) auquel Le Desk a été associé pour le volet Maroc, avaient publié en mai dernier les Malta Files. Des révélations fondées sur plus de 150 000 documents confidentiels. Pendant quatre mois, 49 journalistes issus de 13 médias ont enquêté sur les sociétés offshore de l’île, entre optimisation et évasion fiscales, mais aussi corruption et blanchiment. (Le Desk avait à cette occasion révélé que Gilles Berdugo, fils de Serge Berdugo, –  déjà cité dans les Panama Papers –  , avait touché de substantielles commissions de la part de la société suisse Sicpa qui avait de longues années durant défrayé la chronique au Maroc au sujet de son système de traçage fiscal. Aucune enquête n’a été diligentée depuis par les autorités ou la justice marocaines malgré le versement d’au moins 5,5 millions d’euros de commissions occultes via des officines maltaises… )


Les Malta Files sont constitués de deux ensembles de documents. Le premier, obtenu par l’hebdomadaire allemand Der Spiegel, comprend des dizaines de milliers de documents internes (mails, contrats, relevés de comptes…) d’un cabinet fiduciaire maltais spécialisé dans l’immatriculation et l’administration de sociétés. Le second, obtenu par le site d’information roumain The Black Sea, est un tableur Excel qui comporte l’ensemble des données du registre du commerce maltais, soit 53 247 sociétés au 20 septembre 2016.


Si le registre du commerce maltais est public, il reste néanmoins peu transparent, puisqu’il est impossible d’y faire des recherches par nom. Grâce au tableur des Malta Files, les journalistes de l’EIC ont pu décortiquer la liste des 77 818 personnes et entreprises qui sont directrices ou actionnaires de sociétés maltaises. Sans compter ceux qui se cachent derrière des prête-noms…


On y trouve de grands chefs d’entreprise, des multinationales (Bouygues, Total, BASF, Ikea…), des banques (Reyl, JP Morgan), un acteur célèbre, les fondateurs d’une grande maison de luxe, la famille d’un important chef d’État étranger, des mafieux en quête de discrétion, la fille du président angolais Isabella dos Santos, ou encore la sulfureuse compagnie pétrolière d’État de l’Azerbaïdjan. Sans oublier une foule hétéroclite d’anonymes, de la danseuse de tango aux patrons de PME, en passant par des éleveurs de chevaux et des consultants.


Le fichier « Maroc », que Le Desk a pu consulter, comporte 156 occurrences pointant sur 36 noms de personnes plus ou moins connues du grand public. Évidemment, tous ne sont pas des fraudeurs. Certains apparaissent dans la liste parce qu’ils vivent à Malte. D’autres font des affaires ou optimisent leur fiscalité sur l’île en toute légalité, comme le revendiquent Saad Bendidi et ses partenaires au sein de Mediterrania Capital Partners.


D’ailleurs, Bendidi réfute l’appellation générique « Malta Files », regrettant qu’il n’y ait pas de warning dans la presse contrairement, dit-il, aux publications académiques. « L’ amalgame est fait de facto », a-t-il lancé tout de go à la première évocation du fichier par Le Desk.


Une précision de nature à tempérer le fait qu’il est le Marocain le plus cité dans les Malta Files en tant qu’associé, administrateur et représentant légal des fonds gérés par MCP. Son nom apparaît dans ces cas aux côtés de Hatim Ben Ahmed, membre de l’investment team de MCP. Ce franco-marocain, ancien d’Arthur Andersen Paris, déclare aussi être domicilié à Casablanca… 


Si Malte attire autant de financiers investisseurs, c’est que ce confetti européen a en effet le taux d’impôt sur les bénéfices des sociétés (IS) le plus bas d’Europe. Le taux officiel de l’IS est pourtant de 35 %, davantage que les 33,3 % prélevés en France. Mais lorsqu’une société détenue par des étrangers distribue des dividendes à ses actionnaires, le fisc lui rembourse jusqu’à 85 % de l’impôt ! D’où un taux d’IS réel de seulement 5 % pour les sociétés offshore, loin devant la Bulgarie (10 %) et l’Irlande (12,5 %).


D’où la multiplication des sociétés boîtes aux lettres, dont le seul but est de collecter de l’argent. L’île est devenue un eldorado pour les banques et 581 fonds d’investissement, dont les actifs représentent 789 % du PIB maltais.



La team de tête du fonds Mediterrania Capital Partners (MCP).


Dans les Malta Files, on retrouve par ailleurs Bendidi aux côtés de Ghita Lahlou, actionnaire de Saham et conseillère spéciale de Moulay Hafid Elalamy en charge des pôles offshoring, santé et éducation, comme représentants d’Eclipse Holdings, entreprise ombrelle basée à Malte.


« Eclipse Holdings a été rachetée par Saham au fonds Abraaj », développe Bendidi qui livre la logique du montage né d’une contrainte, assure-t-il : « Abraaj détenait ECCO (Egyptian Call Center Organization) que Saham a fait grandir d’ailleurs. Cette structure était portée par une holding, Eclipse Egypte, elle-même portée par Eclipse Malte. Quand il s’est agit de vendre, cela a été racheté dans cette structuration. On ne pouvait pas faire différemment…  ECCO est ainsi consolidé dans les comptes de ce qui est services externalisés ». En mars 2015, date de la transaction, Saham ne faisait état que de la prise de participation majoritaire dans ECCO Outsourcing à travers Saham Services« Ses modalités n’ont pas été rendues publiques », se résumait à dire Jeune Afrique.


Bendidi, actionnaire de Haworth depuis le Panama

Après son départ de Saham, Bendidi devrait se consacrer aussi au développement de la carte Haworth, spécialisée dans le mobilier de bureau, qui pour pénétrer un marché très concurrentiel, avait eu un coup de pouce de la BMCE Bank de Othman Benjelloun pour qui il avait travaillé de longues années.


C’est donc aussi en 2008 que Saad Bendidi s’était reconverti dans ce business en rachetant HWM Maroc, la représentation dans le royaume du géant américain Haworth. L’opération a été réalisée en avril de cette année-là à travers Jasia Holding, un véhicule de droit marocain créé pour l’occasion par Bendidi. Grâce à ses contacts au sein du groupe Finance Com d’Othman Benjelloun, dont il était le vice-président jusqu’en 2005, date de son débauchage par l’ONA, Saad Bendidi a notamment décroché un marché de renouvellement du mobilier du siège de la BMCE…


Mais il n’est pas resté longtemps l’actionnaire direct de Jasia Holding. Dès juin 2008, il a transféré toutes ses actions à une société basée au Panama, Babcock Holding SA, petite structure au capital de 10 000 dollars créée pour l’occasion par le cabinet Aleman, Cordero Galindo &  Lee, un agent qui a constitué pour le compte d’autres Marocains des sociétés-écrans, comme l’entité Gladys Finance de Feu Miloud Chaâbi, le fondateur d’Ynna Holding.



Selon l’annonce légale qui détaille le transfert de parts réalisé en 2008 entre Saad Bendidi et Babcock Holding, l’entrepreneur est devenu le représentant au Maroc de la société panaméenne. Contacté par Le Desk, le directeur général de Haworth Maroc, Jacob Ouaknine, avait assuré il y a quelques mois que Saad Bendidi est toujours le président de la société d’ameublement et son actionnaire principal à travers Jasia Holding, ce que ne réfute pas l’intéressé aujourd’hui : « C’est une situation qui a été régularisée depuis. L’objectif était de pouvoir faire rentrer d’autres actionnaires internationaux, un moment, sur un projet beaucoup plus large. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas, le projet est entièrement focalisé sur Haworth, il n’y a plus de perspective d’industrialisation », a-t-il affirmé sans davantage d’explications.


Lire aussi à ce sujet : L’évasion fiscale coûte près de 2,5 milliards de dollars par an au Maroc


L’étrange affaire Gerson Global avec la DGED

Saad Bendidi n’est pas qu’un champion de la broderie financière entre optimisation et évasion fiscale, il a par le passé été en lien avec le milieu interlope des lobbyistes du Maroc aux Etats-Unis. Une enquête du Desk centrée sur les activités du journaliste-lobbyiste Ahmed Charaï, honorable correspondant des services secrets marocains, avait montré sur la base de emails et documents révélés par le corbeau « Chris Coleman » auteur des fameux MarocLeaks, que son nom apparaissait en marge d’un cas de falsification d’emails destinés à la DGED (le service de Renseignement extérieur) qui a eu lieu sur la période 2011-2012. Celui-ci implique un certain Rabie Mansouri, membre à l’époque du cabinet Gerson Global Advisors (GGA), qui avait été embauché par Rabat pour faire face à la vague des printemps arabes et promouvoir l’image du Royaume aux Etats-Unis. GGA est un cabinet de conseil créé un an plus tôt par l’homme d’affaires Russ Gerson, qui a notamment dirigé l’équipe de transition de John Mc Cain pour l’élection présidentielle américaine de 2008.


GGA a signé un contrat de 2,5 millions de dollars en mars 2011 avec Youssef Imani, le directeur général de l’Agence marocaine pour la coopération internationale (AMCI), une structure rattachée aux Affaires étrangères et censée s’occuper de la coopération Sud-Sud. Selon les termes du contrat déposé au ministère américain de la Justice, GGA avait comme tâche de « promouvoir les objectifs politiques et économiques du Maroc » aux Etats-Unis.


Aux côtés de Russ Gerson, Rabie Mansouri, co-fondateur de GGA en 2010, s’occupait du dossier Maroc au sein du cabinet. Très peu d’informations publiques sont disponibles sur le personnage. Selon la lettre d’information spécialisée Maghreb Confidentiel, Rabie Mansouri est un Américain d’origine marocaine, qui a conseillé plusieurs multinationales en Afrique du nord, en Libye particulièrement, et dans le Golfe. Ce que confirme aujourd’hui Bendidi : « Rabie Mansouri ? Un jeune maroco-américain qui vit aux Etats-Unis et assez talentueux dans l’origination de deals »…  Sa fiche déposée au registre des lobbyistes du ministère américain de la Justice indique qu’il est né en 1981 et qu’il a été naturalisé américain en 2006.


GGA est un cabinet de conseil en investissements créé par l’homme d’affaires Russ Gerson. MID MARKET


Selon une lettre envoyée en février 2012 par Russ Gerson à Yassine Mansouri, le chef du Renseignement extérieur marocain, et divulguée par « Chris Coleman », le patron de GGA aurait informé le directeur de la DGED qu’il venait de mettre fin à sa collaboration avec trois personnes : Rabie Mansouri, Stephen Norris, co-fondateur de Carlyle et… Saad Bendidi.


Le mail de demande de confirmation de réception de la lettre de protestation adressé par l'assistante de Guss Gerson à la DGED mentionnant le nom de Saad Bendidi. MAROCLEAKS


Selon cette lettre, Russ Gerson les accusait d’avoir tenté de « prendre le contrôle de GGA ou autrement de détruire la société, ce qui ne nous a pas laissé d’autres alternatives que de rompre leur relation avec GGA ». Il affirmait également avoir en sa possession des éléments prouvant que Rabie Mansouri avait fabriqué et/ou modifié des emails provenant de tierces parties. « Nous sommes devenus de plus en plus inquiets du fait que quiconque avait l’audace de fabriquer/modifier un email qui vous était destiné, M. Mansouri, pouvait aussi perpétrer d’autres activités illégales ou immorales – une inquiétude dont le bien-fondé est désormais prouvé », expliquait Russ Gerson selon cette lettre. « Il y a par exemple une preuve incontestable que Rabie a dénaturé la réalité d’une situation personnelle auprès d’un ancien sénateur américain dans le but frauduleux d’obtenir une extension de visa pour un citoyen marocain ».


Le Desk a tenté à plusieurs reprises de contacter Russ Gerson et son assistante Erica Einfeldt, qui se chargeait d’envoyer les factures de GGA. Mais nos appels et emails sont restés sans réponse : la société a depuis été dissoute. Le registre des lobbyistes tenu par le ministère américain de la Justice confirme toutefois que Rabie Mansouri et Stephen Norris ont bien quitté leurs fonctions au sein de GGA en janvier 2012.


Saad Bendidi, lui, n’a jamais été enregistré comme lobbyiste pour GGA. Il est toutefois présenté comme « co-président de Alloy Partners LLC » dans une note d’information rédigée en 2011 par le Conseil déontologique des valeurs mobilières (CDVM, devenu depuis AMMC), à l’occasion de l’IPO de Stroc Industries. Or, selon le registre de commerce de l’Etat de New York, la société Alloy Partners LLC a été enregistrée en mai 2011 dans le paradis fiscal du Delaware et domiciliée au siège de… Gerson Global à New York, avec Russ Gerson comme personne de référence à contacter. Les MarocLeaks produisent une facture d’Alloy Partners LLC supposément émise le 4 août 2011 d’une adresse londonienne pour des services de relations publiques au profit du Maroc d’un montant de 64 000 £. Le Desk n’a toutefois pas pu l’authentifier et a donc décidé de ne pas la publier.


« Gerson Global n’existe plus. Cela a existé pendant deux mois », tranche aujourd’hui Bendidi. Depuis la dissolution de son officine, explique Bendidi, Gerson aurait fait complètement faillite, « il a fait tellement de choses à droite à gauche, que cela lui a valu pas mal de troubles personnels et financiers », ajoute-t-il.


« Alloy Partners ? (…) Je ne connais pas. Cela ne me dit absolument rien », poursuit-il, visiblement étonné, avant d’extrapoler : « Cela pourrait être en lien avec la procuration générale donnée à Gerson. De toute manière, le projet a tourné court parce qu’il y a eu une divergence de vues entre les personnes et cela a été dissous ».


La fiche de Saad Bendidi telle que reprise par Reuters sur la base des informations du CDVM mentionnant qu'il est co-président d'Alloy Partners LLC


« A l’origine, l’idée avait été de monter une banque d’affaires pour travailler au Moyen-Orient, au Maghreb et aux Etats-Unis, mais des enjeux personnels ont rapidement fait péricliter le projet », répète Bendidi qui récuse formellement le fait qu’il ait été mêlé de près ou de loin au volet lobbying pro-marocain en lien avec les services secrets à l’époque où le Mouvement du 20-Février battait le pavé des villes.


Quant à la mention d’Alloy Partners LLC dont il est défini par l’autorité de régulation du marché financier marocain comme co-président, Bendidi réagit avec stupéfaction : « Quoi ? Je ne sais pas d’où ça sort. J’ai été administrateur indépendant de Stroc, oui, jusqu’à octobre 2013, mais pour le reste, je ne peux pas vous dire, je ne sais pas ! ».



Lire aussi sur les méthodes usitées par des entrepreneurs de renom au Maroc dans leur stratégie d’évitement fiscal ou d’investissement à statut préférentiel sous couvert de fonds étrangers   : « LuxLeaks » : en quoi ce scandale concerne aussi le Maroc ?


Disclaimer. Certaines informations de cet article sont tirées de nos précédentes enquêtes dont celles sur les Panama Papers en partenariat avec l’International Consortium of Investigative Journalists (ICIJ). L’enquête sur les Malta Files a quant à elle été menée en collaboration avec Mediapart et le réseau European Investigative Collaborations (EIC).


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