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20.07.2021 à 17 H 03 • Mis à jour le 20.07.2021 à 22 H 33
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Surveillance

Projet Pegasus: Emmanuel Macron et des politiques français dans le listing du Maroc

Mohammed VI et Emmanuel Macron à bord du TGV inaugural le 15 novembre 2018. GETTY IMAGES
En plus des journalistes, du Palais et de l'entourage royal, on apprend que c'est également le président français Emmanuel Macron qui a été ciblé par le listing des Marocains à travers le logiciel espion Pegasus

Les révélations autour du scandale Pegasus vont-elles compromettre l’idylle franco-marocaine faite de bienveillance au plus haut sommet des deux États, de réseaux politico-économiques, de coopération sécuritaire et de binationaux bien introduits dans les hautes sphères des deux côtés de la Méditerranée ?


Selon la dernière fournée de révélations, le président français Emmanuel Macron a été ciblé par le listing du client marocain NSO Group, la firme derrière le logiciel d’espionnage. Contacté par Le Monde et Radio France, l’Elysée, qui n’avait pas connaissance de ces éléments, n’a pas souhaité réagir. Interrogé à l’Assemblée nationale mardi 20 juillet, Jean Castex, le premier ministre, a indiqué que des « investigations », qui « n’ont pas abouti » à ce stade, ont été « ordonnées » à la suite des révélations de la presse, précise le quotidien français. Le Premier ministre de l’époque Edouard Phlippe et quatorze ministres sont aussi concernés.


A l’écriture de ces lignes, l’Élysée n’a pas réagi aux informations selon lesquelles le Maroc aurait ciblé pas moins de 1 000 citoyens français par le biais du logiciel espion. Seul le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, a dénoncé des « faits extrêmement choquants » voire « extrêmement graves », s’ils sont « avérés ». Il a promis des « enquêtes et des demandes d’éclaircissements », sur le ciblage par le Maroc de plusieurs journalistes français, et même le maire d’une ville de la banlieue parisienne, aux affinités pro-Polisario assumées. Ces déclarations ont été prononcées ce 19 juillet, soit bien avant l’annonce que le président français est également concerné par le ciblage.

Des relations France-Maroc prudentes

Contrairement à ses prédécesseurs, Nicolas Sarkozy, Jacques Chirac ou Valéry Giscard, Emmanuel Macron n’est pas un habitué des voyages d’agrément à Marrakech ou à Essaouira. Son rapport avec le Maroc demeure professionnel, comme l’a été sa discrète négociation en personne de l’entrée de la mastodonte française de l’agro-industrie Sofiprotéol (aujourd’hui Avril) dans le capital du spécialiste marocain de l’huile de table Lesieur-Cristal, à l’époque filiale de la holding royale SNI, devenue Al Mada.


Malgré ce qu’on pourrait présenter comme étant une certaine distance vis-à-vis de la mondanité marocaine, il a tout de même affiché dès ses premières semaines au pouvoir un tropisme marocain, en se rendant au Maroc dès juin 2017, pour sa première visite hors Europe. Maquillée en « visite privée » pour « ne pas froisser » le voisin algérien, habité à accueillir en premier les présidents français depuis 1995, Macron a fait part, devant la presse de la « volonté » marocaine de « répondre dans la durée aux causes profondes » de la contestation rifaine, qui marquait l’actualité du Maroc à l’époque. Une attitude, où le président français a fait office de porte-parole du Palais, qui aurait rapidement pu tourner à la crise diplomatique.


Depuis, Emmanuel Macron n’a effectué qu’un seul séjour au Maroc, à l’occasion de l’inauguration en 2018 de la première ligne ferroviaire à grande vitesse d’Afrique, reliant Casablanca à Tanger, fournie par Alstom et financée à moitié par la République. Une visite qui symbolise l’engagement de la France à défendre ses intérêts économiques au royaume, où des entreprises hexagonales ont parfois été mises en difficulté par des mouvements de boycott, comme ce fut le cas pour le géant Danone, en 2018.

Sur le dossier de Sahara, le jeu d’équilibriste est de mise

C’est que sur le dossier du Sahara occidental, Paris n’a pas toujours été très claire : des attentes du Maroc et de cercles français allant dans le sens de l’ouverture d’une antenne du mouvement d’Emmanuel Macron, La République En Marche (LREM), rapidement douchées par les organes décisionnaires en France. Le siège parisien du parti résidentiel n’avait pas manqué de qualifier cette décision de « strictement locale », avant d’être suivie par le secrétaire d’État français chargé des Affaires européennes, affirmant « regretter » une initiative « prise localement ».

 

Un jeu d’équilibriste mené par l’équipe d’Emmanuel Macron, ne souhaitant surtout pas emboiter le pas à la décision américaine de Donald Trump de reconnaître la souveraineté du Maroc sur le Sahara et encore moins songer à l’ouverture d’une quelconque représentation de la France à Laâyoune ou Dakhla, comme c’est le cas de plusieurs pays proches du Royaume.


Une position, précédée par l’appel du chef de la diplomatie Nasser Bourita à l’adresse des puissances étrangères, pour suivre la décision américaine prise sous l’administration Trump et qui, jusqu’à présent, n’a toujours pas été révoquée. Un appel qui restera vraisemblablement sans suite, aucune grande puissance européenne n’ayant par la suite reconnu la souveraineté marocaine sur le Sahara…

Derrière l’affaire Pegasus, l’ombre d’Israël

Dans cette affaire hautement compromettante pour le couple franco-marocain, la responsabilité d’une tierce partie reste à définir avec précision. Israël, d’où sont issus la majorité des cerveaux de NSO Group, cherche toujours à concrétiser la normalisation de ses relations avec le Maroc. Symbole ou pure coïncidence, Tel Aviv et Rabat ont signé il y a cinq jours un accord de cyberdéfense, en présence du DG israélien de la cyberdirection, Yigal Unna, et le très discret ministre délégué auprès de l’Administration de la défense, Abdellatif Loudiyi. Mieux, un ancien ambassadeur français, Gérard Araud, en poste à Washington de 2014 à 2019, avait été engagé au sein NSO Group en tant que « conseiller principal » sur les questions de la protection des droits de l’Homme et de la vie privée… 


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