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31.10.2022 à 14 H 18 • Mis à jour le 31.10.2022 à 14 H 57

Maroc-Algérie-Polisario : la danse des drones

Game changer de tout conflit, le drone s'invite dans le conflit du Sahara occidental. Face au Maroc, venant d'acquérir son escadron d'appareils turcs armés et appuyé par l'arsenal israélien, l'Algérie tente autant se faire que peu de rattraper son retard. De son côté, le Polisario exprime ses intentions sur cette technologie de pointe, se contentant pour l'heure de brouilleurs de drones fournis par l'Iran



C'est, pour reprendre les termes du représentant du Maroc à l'ONU Omar Hilale, un véritable game changer. Comme dans d'autres conflits armés, le drone devient décisif sur le terrain du territoire du Sahara occidental. Objet de plusieurs surenchères, craint comme convoité, il est aujourd'hui au centre de l'attention du trio Maroc-Algérie-Polisario.


Alors que jusqu'à présent l'Algérie ne disposait que de menus drones de surveillance, le Maroc avait renforcé considérablement ses capacités sur ce type de matériel courant 2021, en faisant l'acquisition de 13 UAV de conception turque de type Bayraktar TB2 (dont un de rechange). Un deuxième lot de six appareils avait été par la suite commandé, vers la fin 2021.


À l'efficacité redoutable, le Bayraktar TB2, armé, avait déjà fait ses preuves, lors notamment du conflit opposant l’Azerbaïdjan à l'Arménie, dans les combats pour le Haut-Karabakh, après s'être fait remarquer en Irak, en Syrie et en Libye.

Le Maroc et ses drones opérationnels

Sur le terrain, le Maroc n'a pas attendu l'opérationnalisation de ses nouveaux engins turcs pour mener des éliminations de figures du Polisario, en utilisant les drones.


En effet, comme nous l'avions révélé, l’élimination du « gendarme en chef » du Polisario, Dah El Bendir, avait pu être effectuée à l'aide d'un drone Harfang (version à l’export du Heron). Celui-ci n'a pas eu à tirer ses projectiles, n'étant pas lui-même armé. Il a plutôt suivi les mouvements de la cible, puis l'a illuminée au laser, avant de transmettre en temps réel ses coordonnées chiffrées à un chasseur, probablement un F-16, ayant « conclu » sa mission grâce à des missiles air-sol, voire une bombe GBU.


Par ailleurs, comme nous le rapportions récemment, le Maroc, à travers sa Marine royale, est aussi intéressé par l'acquisition des drones Hermes 900, produit par la firme israélienne Elbit Systems. Il s'agit d'un modèle évolutif du Hermes 450 (que le Maroc avait déjà acquis en équipant son armée de l'air, selon différentes sources) de taille moyenne et pouvant voler pendant 30 et 36 heures à des fins de mission de reconnaissance, de surveillance et de relais de communications. Il peut-être optionnellement armé.


Comme nous le révélions précédemment, des marins marocains ont suivi une formation au sein du Centre d'instruction pour les drones sur la 6ème BAFRA de Benguerir. Rien n'indique cependant qu'il s'agit d'une prise en main d'UAV MALE ou de drones tactiques de plus petite dimension, comme ceux de la famille Thunder/Wander. Toujours à Benguerir, plus récemment, un drone Bayraktar TB2 était même à l'essai...


Toujours en terme de futures acquisitions, le Maroc entend capitaliser sur les quatre drones Sea Guardian dont il attend la livraison promise par Washington, obtenue en marge du signature de l'accord trilatéral Maroc-Israël-États-Unis. Un équipement qui devrait modifier le rapport de force avec le voisinage.


Il s'agit du drone dans sa version marine dotés d'armes et munitions à guidage de précision Hellfire, Paveway et JDAM fabriquées par Lockcheed Martin, Raytheon et Boeing. L'engin volant est pour sa part conçu par la firme d'armement General Atomics Aronautical Systems.


En récupérant le MQ-9 armé, Rabat fera son entrée dans le club très fermé des utilisateurs du drone : le Royayme-Uni, la Belgique, l'Inde, Taïwan ou encore les Émirats arabes unis qui en avaient commandé. Une manière aussi de prendre le dessus sur des voisins immédiats, comme tout d'abord l'Espagne qui dispose de MQ-9 mais dans leur version non armée.


Objectif principal pour le Maroc avec cette acquisition : sécuriser les côtes marocaines s'étendant sur 3 500 kilomètres, pour faire face à la fois à l'immigration clandestine mais aussi le trafic de drogue, spécifiquement au niveau du flanc méditerranéen.


Le Maroc dispose par ailleurs de quatre modèles du drone de conception chinoise Wing Loong 1, offerts par les Émirats arabes unis. S'avérant au final vétustes, il a été décidé de commander la version améliorée du drone en question, le Wing Loong 2.


Mais au-delà des drones opérationnels et des prochaines acquisitions, le Maroc souhaite franchir le pas de la fabrication de drones : c'est ce qui ressort du projet de loi de finances 2023, où l'intitulé du compte spécial dédié à l'armement a été modifié pour inclure aussi le développement de l'industrie de défense.


Tout un arsenal d'un genre nouveau qui coïncide avec une période particulière marquée par deux épisodes intimement liés : la violation assumée du cessez-le-feu par le Polisario, actée par ses harcèlements des défenses marocaines depuis les évènements de Guerguerat fin 2020, mais aussi la rupture unilatérale des relations diplomatiques d’Alger avec Rabat.


Une situation tendue et complexe, poussant nombre d'experts et de spécialistes à alerter sur la probabilité d'une guerre en Afrique du Nord, qui a par ailleurs poussé le voisin algérien à exploser son budget de défense pour revoir la modernisation de son armement, dont notamment les drones.

En Algérie, l'espionnage avant tout

L'Algérie dispose déjà de quelques appareils, principalement de reconnaissance. C’est le cas des CH-3, CH-4 et Wing Loong II, d’origine chinoise, mais aussi des Yabhon United-30 et Yabhon Flash de fabrication émiratie, dénommées El-Djazair-54 et 55 pour leurs versions algériennes. Sans oublier le Seeker II, servant aussi à la surveillance.


Une panoplie de drones espions dont on sait maintenant l'usage qui en est fait : dans un précédent article, nous dévoilions qu'un CH-4 avait été stationné au niveau de l'aéroport de Tindouf, comme le montrent des images satellitaires datées de décembre 2021. Le drone chinois sert ainsi à Alger à apporter un soutien militaire aux actions du Polisario, consistant essentiellement à des tirs de harcèlement contre les positions marocaines, dont notamment Al Mahbès ou encore Aousserd.


L'aéroport de Tindouf continue de se développer en commençant à accueillir ses premiers avions militaires, cette fois-ci d'attaques aériennes. Images: Maxar Technologies. Illustrations: Mohamed Mhannaoui


Plus récemment, des médias avaient fait état de la volonté de l'Algérie d'acquérir une dizaine de drones Aksungur, produits par la société publique Turkish Aerospace Industries. Plus léger que le Bayraktar TB2, le Aksungur dispose d'une longue autonomie de vol, près de 30 heures, propre aux milieux désertiques. S'il est exclusivement dédié là aussi à la surveillance, des versions récentes et modifiées peuvent cependant être armées de deux missiles UMTAS. Cette éventualité demeure cependant hypothétique, des sources spécialisées proches des milieux militaires d’Ankara l’avaient démentie.


L’appui iranien au Polisario dénoncé à l’ONU

Du côté du mouvement séparatiste, un pavé dans la marre a été jeté début octobre, par la voix de son chef de la sécurité intérieure, Omar Mansour. Lors d’une réunion filmée à Nouakchott, en Mauritanie, en marge de son accueil par le président mauritanien, Mansour avait déclaré, lors d’un monologue d'une quarantaine de minutes, que le Maroc a bien devancé le Polisario en matière de drones, « comme on a pu le voir dans les différents reportages réalisés ». « Nous aussi, nous aurons des drones, on formera nos soldats et on aura notre drone contre le leur », a-t-il glissé, debout au milieu d’une assemblée de notables mauritaniens hilares.



Quelques phrases lancées à l’emporte-pièce qui n'ont pas manqué de provoquer un emballement médiatique sur l'éventualité que le Polisario puisse acquérir des drones...iraniens, alors même que la figure du mouvement de Brahim Ghali n'a pas fait mention de l'origine de cette éventuelle acquisition.


La spirale médiatique a été accentuée par la déclaration du ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita coïncidant avec les propos de Mansour, lors d'une conférence de presse avec son homologue yéménite. Le chef de la diplomatie y exprimait sa solidarité avec Sanaa, « face à l'ingérence iranienne, soulignant que l'Iran ne peut continuer à exploiter cette lacune pour saper la sécurité et la stabilité dans la région arabe, notamment au Yémen, au Moyen-Orient et en Afrique du nord ». Il ajoutait de plus que le Maroc est aussi victime de cette ingérence. Une allusion à Téhéran où Bourita se gardait de mentionner tout drone iranien acquis par le Polisario.


Il faudra attendre quelques semaines pour que le Maroc réagisse de manière on ne peut plus officielle et frontale aux propos de Mansour : le 27 octobre, le représentant permanent du Maroc aux Nations Unies, Omar Hilale, n'y est pas allé par quatre chemins : « le Maroc réagira en conséquence », dans le cas où l'utilisation par le Polisario de drones est avérée, a-t-il fait savoir. « J’espère que c’est juste de la propagande, de la désinformation, comme nous en avons l’habitude du côté de Tindouf », avait-il nuancé.


Sur la question iranienne, Hilale a insisté sur l'aspect géopolitique mais aussi moral de son activisme : pour cela, photo du drone Shahed-36 entre les mains, il expliquait le coût d’un seul drone kamikaze iranien comparé à celui des produits alimentaires et services médicaux dont les populations des camps de Tindouf ont cruellement besoin.


 « C’est le bas de gamme des drones iraniens qui coûtent entre 20 000 et 22 000 dollars. Acheter un drone c’est pratiquement des rations alimentaires pour 300 personnes pendant une année ou encore des services médicaux pour 500 personnes pendant un an. Le coût d’un drone, c’est la scolarisation annuelle pour 120 enfants », avait-t-il observé.


« Si cela s’avère vrai, cela voudra dire que nous avions raison depuis deux ans en disant, qu’en alertant que l’Iran et le Hezbollah sont en train de s’infiltrer à Tindouf et en Afrique du nord, et qu’ils sont maintenant passés de la formation à l’équipement du Polisario avec des drones. C’est très grave. Cela nous donne raison et j’espère que le monde entier sache qu’après avoir déstabilisé le Yémen, la Syrie, l’Irak, ils sont en train de déstabiliser notre région et cela serait gravissime pas seulement pour le Maroc pour l’ensemble des pays de la région », a développé Hilale pour enfoncer le clou quant à une collusion entre l'Iran et le Polisario dont le Maroc fait régulièrement référence.


La raison pour Rabat est évidente : ces dernières années, le Maroc ferraille pour convaincre la communauté internationale de la présence de l'Iran et du Hezbollah, en Afrique du nord, et des liens noués avec le Polisario, notamment en matière de formation militaire. D'autant plus qu'aujourd'hui, actualité internationale oblige en raison de la guerre russo-ukrainienne où le drone Shahed-136 est utilisé par Moscou, y faire référence ne peut être qu'une opportunité pour les officiels marocains, catégorisant immédiatement le Polisario comme étant un pion de Téhéran.

Des brouilleurs de drones fournis par Téhéran

Une ingérence dans les affaires marocaines qui devrait, à en croire le Royaume, atteindre un point de non-retour dans le cas où l'Iran venait à armer les milices du Polisario.


D’après des sources militaires consultées par Le Desk, la ligne rouge a déjà été atteinte : s'il n'est pour le moment pas question de livraisons de drones et d'armes, des équipements militaires annexes ont d'ores et déjà été fournis. Il s'agit de brouilleurs de drones mobilisés par les Iraniens et qui, sur le terrain, ont déjà été utilisés pour handicaper les UAV de surveillance marocains au Sahara.


Aucune précision n’a été fournie sur les modalités de livraison de ces appareils de brouillage électromagnétiques, capables selon nos informations, d’entraver le bon fonctionnement des batteries servant à propulser les aéronefs (WanderB et ThunderB) récemment fournis au Maroc par la firme israélienne Blue Bird. La logique évidemment voudrait que l’Algérie en ait assuré la disponibilité et les capacités de maniement.


L'Iran est réputé pour utiliser des brouilleurs de drones, face à ses adversaires, notamment américains. Depuis quelques années, leur armée en fait même la promotion, à travers des reportages télévisés diffusés par les chaînes iraniennes ou encore par le biais de l'agence de presse russe Sputnik.


Pour les systèmes dont il est fait publicité, on retient qu'il s'agit soit d'un type d'équipement sous forme de boitier chargé sur pick-up ou tout autre véhicule du même type que ceux dont disposent les éléments du Polisario, soit d’une sorte de pointeur porté à l’épaulé comme un fusil qui serait capable de renvoyer le drone se crasher sur son expéditeur.


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