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07.06.2022 à 12 H 24 • Mis à jour le 09.08.2022 à 22 H 30 • Temps de lecture : 21 minutes
Par

BIG et Sensyo : les affaires secrètes de Samir Machhour dans l’ombre de Sensyo Pharmatech (1/2)

ENQUÊTE. En coulisses du mégaprojet Sensyo Pharmatech devant assurer la souveraineté sanitaire au Maroc, Samir Machhour dirige Bio Investment Group (BIG) une société suisse aux bénéficiaires cachés devant acquérir les licences de transferts de technologie et commercialiser les vaccins à produire dans la future usine de Benslimane

C’est à n’en pas douter l’un des projets phare du Maroc : celui de permettre au Royaume de fabriquer lui-même des vaccins en tout genre, et se faisant de lui assurer sa souveraineté sanitaire. Dans un contexte pandémique sans précédent, le Maroc avait, à défaut de pouvoir produire son propre serum anti-Covid, ni même d’assurer sa mise en seringue, dû jouer des coudes à l’international pour assurer son programme national de vaccination.


C’est dans cette optique qu’une idée a été présentée courant 2021 : celle de mettre sur pied une unité industrielle de fabrication de vaccins destinée à combler ce besoin sanitaire stratégique, mais aussi de servir le continent africain.


Le grand public apprenait ainsi les trois séquences de ce projet présenté au souverain le 5 juillet 2021 : la phase 1, baptisée « Atlas », à laquelle le laboratoire privé marocain Sothema a été associé, visait à remplir et conditionner 3,1 millions de doses du vaccin chinois anti-Covid-19 Sinopharm par mois. Le choix avait été porté sur Sothema, qui avait participé aux tests du vaccin importé de Chine, mais surtout pour ses capacités en biotech quoiqu’embryonnaires.



La deuxième phase porte quant à elle sur deux projets : « Lion 1 » et « Lion 2 » qui consistent en une unité industrielle qui verra bientôt le jour et portée par la société marocaine Sensyo Pharmatech. Celle-ci a déjà désigné des prestataires pour le chantier, en cours actuellement, et devrait le 14 juin prochain réceptionner les premiers éléments préfabriqués de l’usine conçus par le Japonais Morimatsu. Enfin, une troisième phase, dénommée « Dakhla », devrait porter sur la création d’un pôle africain d’innovation biopharmaceutique.


Afin de mener l’essentiel du projet, ses promoteurs ont créé la société Sensyo Pharmatech, constituée de BAB Consortium (ex-Morocco-Sino Pharma dont nous révélions la création), une alliance bancaire regroupant la Banque Centrale Populaire (BCP), Attijariwafa Bank (AWB) et Bank of Africa (BOA), invitant par la suite dans son tour de table le Fonds Mohammed VI pour l’Investissement. En soutien, on retrouve aussi le laboratoire suédois Récipharm ayant signé un accord de partenariat public-privé avec le Maroc.


Ceci pour la version officielle dévoilée au public. Mais en coulisses, comme nous l’avons révélé dans une série d’articles, un autre acteur avance ses pions, sans pour autant que son statut ne soit réellement précisé : Samir Machhour, vice-président senior de Samsung Biologics en Corée du Sud, mais aussi ici, au Maroc, cofondateur de MarocVax aux côtés de l’homme d’affaires multicartes Rahhal Boulgoute.


PARTIE I

Une société suisse intermédiaire pour les vaccins

MarocVax, dont l’existence a été révélée par Le Desk en mai 2021 a signé avec le groupe chinois Walvax, partenaire officiel de Sensyo Pharmatech, un accord de commercialisation exclusive au Maroc de deux millions de doses de vaccins anti-pneumococcique. Le deal comprend aussi, et c’est le plus intéressant, une clause sur le transfert de technologie.


Sauf qu’au Maroc, pour commercialiser le vaccin anti-pneumococcique, il faut remporter un appel d’offres comme le faisaient jusqu’ici des géants pharmaceutiques, à l’instar de Glaxosmithkline (GSK) pour son vaccin Synflorix. Dans le cas présent, si un appel d’offres a bien été lancé par le ministère de la Santé et de la Protection sociale, le marché recèle un fait incontestable de délit d’initié en faveur de MarocVax, comme nous l’avons démontré.


Début juin, ses résultats ont été dévoilés. Si l’on sait que le vaccin anti-rotavirus sera livré par l’Institut Pasteur du Maroc (IPM) qui, selon nos sources, s’approvisionnera auprès de MarocVax, le département de Aït Taleb a choisi de faire l’impasse sur l’adjudicataire de l’anti-pneumococcique.


Mais à terme, comme le signale déjà le laboratoire chinois qui le produit, c’est bien MarocVax qui s’arrogera la commercialisation et la distribution exclusive du vaccin Walvax, alors même que le produit n’est pas pré-qualifié par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). Le ministère de la Santé ayant décidé de faire sauter cette clause essentielle, pour baliser la route à MarocVax.


Comme nous l’avions rapporté en janvier 2021, les cofondateurs de MarocVax, Samir Machhour et Rahhal Boulgoute, avaient immédiatement après notre premier article de mai 2021 décidé de cacher les bénéficiaires effectifs de la structure marocaine : une cession des parts a eu lieu au profit d’une entreprise de droit suisse, du nom de Bio Investment Group (BIG), installée dans le canton helvétique de Zoug.


Les folles ambitions de BIG

Particularité de BIG qui interroge : ses bénéficiaires effectifs sont soigneusement anonymisés par le truchement de trustees en Suisse. Un flou qui fait tache face à la promesse de doter le Maroc de sa souveraineté en matière de fabrication de vaccins. Et pour cause, c’est bien BIG, qui va détenir les licences de transfert technologique mais aussi engranger au passage une marge bénéficiaire hors-frontières.


En Suisse, fiduciaires et banquiers sont passés maître dans la création de société-écran. C’est ainsi que pour créer BIG, un cabinet connu pour vendre des sociétés sur étagère a été mis à contribution pour brouiller les pistes. BIG a été habillée des statuts d’une coquille dormante du nom d’InnoTracker.


Un document du registre de commerce suisse montrant le changement du nom de la société InnoTracker mais aussi de son objet social pour qu'elle devienne Bio Investments Group.


À peine sait-on qu’un certain Franco Gulisano a été désigné administrateur. Celui-ci, hormis une autre société de BTP qu’il dirige en Suisse, est quasiment introuvable sur internet.


Dans les faits, en septembre 2021, le changement de dénomination a coïncidé avec celui de ses propriétaires. Pour l'occasion, son objet social a été modifié couvrant désormais la pharmaceutique et la biopharmaceutique.


Quelques semaines plus tôt, au mois d'août, les mystérieux propriétaires de BIG effectueront aussi une autre opération, demeurant jusqu’à présent discrète : la création d’un site internet, depuis désactivé, qui présente les grandes lignes de la société, le trombinoscope de ses « conseillers » mais aussi ses projets et leurs étapes à l’horizon 2030. BIG est cette fois rebaptisée The Bio Investment Group. Nous avons toujours affaire à la même société : l'adresse indiquée sur le site est bel et bien celle de la structure suisse détenant MarocVax.


L'adresse de The Bio Investments Group. Source: capture d'écran des archives du site aujourd'hui mis hors ligne.


Le Desk a réussi à accéder à ce site, conservé dans les archives d’internet. Et la découverte est édifiante : BIG n'est au final, en termes de contenus et de projets, que la pâle copie de… Sensyo Pharmatech.


Un projet jumeau de Sensyo Pharmatech

Dans le descriptif fait de la société, à notre disposition, il en ressort que plusieurs éléments présentant BIG sont plutôt puisés de Sensyo Pharmatech.


Sur son site internet, Sensyo Pharmatech ne manque pas de présenter l'autosuffisance vaccinale et l'indépendance sanitaire comme étant « des enjeux de développement majeurs pour le Maroc et l'Afrique ». Même discours qu’on retrouve chez BIG où, sur son portail, en guise de challenge, on souligne que la mission principale de la société est « d'accélérer la prestation de soins de santé en Afrique et au Moyen-Orient grâce à l'autosuffisance ». On explique que « les programmes de subventions ont érodé la souveraineté et n'ont pas créé de solutions durables pour les soins continus et la prévention des maladies ».


Comparatif entre le site de Sensyo Pharmatech et celui de Bio Investment Group. Source: capture d'écran des archives du site aujourd'hui mis hors ligne.


On s'attarde sur « la souveraineté africaine », précisant « qu'elle jette les bases d'une croissance économique et d'une meilleure qualité de vie ». Pour expliquer son rôle, BIG se positionne comme étant un conseiller « des gouvernements et des investisseurs qui veulent saisir cette opportunité pour se positionner et récolter d'énormes gains à long terme, tout en relevant un défi sanitaire humanitaire qui dure depuis trop longtemps ».


« Les soins de santé transactionnels à court terme ne fonctionnent pas. L'Afrique a besoin d'une nouvelle approche des soins de santé », affirme-t-on sur la page d’accueil.


Afin de fixer l’objet de la société, on précise plus loin que : « L'inégalité des soins de santé est un problème qui peut être résolu de manière rentable et durable. Bio Investment Group s'engage à conduire un changement qui s'appuiera sur les actifs existants et corrigera une approche fondée sur la dépendance. Nous relevons ce défi directement avec un modèle éprouvé et une expérience réussie dans les partenariats public-privé », peut-on lire.


Page d'accueil du site de BIG. Source: capture d'écran des archives du site aujourd'hui mis hors ligne.


Et mettre en avant ses acquis, BIG prend pour modèle le Maroc et sa réponse à la pandémie du Covid-19. « En obtenant les droits sur le vaccin AstraZeneca et en développant les installations pour produire le vaccin dans le pays, le Maroc a autoproduit 20 millions de doses du vaccin Covid bien avant que les États-Unis et l'Europe ne puissent distribuer des vaccins en quantités comparables », avance-t-on.


Site de BIG


Des affirmations quelque peu hasardeuses, lorsqu'on sait que c'est plutôt le vaccin Sinopharm que le Maroc a tenté de mettre en seringue, sans pour autant atteindre les résultats mis en avant sur le site internet de la société suisse...


Dans son storytelling, BIG envisage de surpasser les projections du PAVM (The Partnership for African Vaccine Manufacturing) « qui a appelé à ce que 60 % des besoins en vaccins du continent soient fabriqués localement d'ici 2040. Nous allons le faire beaucoup plus rapidement », fait-on valoir, en affirmant que « l'objectif est que l'Afrique réalise 60 % de ses propres besoins en vaccins dans un délai de cinq ans ou avant ».


Toujours dans la description de ses activités, BIG prétend avoir « conclu des accords pour la production de vaccins et traitements vitaux dans des installations africaines ». Elle cite des exemples, prenant la forme « d'un robuste portfolio » : Covid-19 (ARNm), VPH-2, PCV-13, Groupe ACYW135 Men Polysaccharide Vaccin, varicelle, DTAP, HIB (pédiatrique), DTAP-HIB, HEP B et enfin grippe.


Un large éventail de vaccins et de remèdes qu’on retrouve aussi parmi les champs que couvrira Sensyo Pharmatech, comme l’avait avancé Samir Machhour, dans des déclarations à Médias24.


En haut, un extrait du site de BIG. En bas, des déclarations de Samir Machhour à Médias24.


Dans sa communication, BIG continue en avançant avoir réuni « un réseau de partenaires et de plateformes pour faciliter le transfert rapide de technologie médicale critique ». « Nous assurons le transfert réussi des informations réglementaires, des processus de production, du contrôle qualité, des méthodes d'analyse, etc., le tout dans un délai considérablement réduit », déclare-t-on.


Enfin, comme pour Sensyo Pharmatech, il s'agira aussi d'offrir des infrastructures rapidement construites, avec le modèle clé-en-main promu au niveau du Maroc. Une allusion à peine voilée à l’usine « Lion 1 » de Sensyo Pharmatech.


« Nous pouvons construire une base de fabrication entièrement opérationnelle en un an environ, de l'établissement de cadres réglementaires à la fabrication d'usines et à la chaîne d'approvisionnement en matières premières. À partir de là, nous continuons à travailler pour améliorer la base de connaissances locales afin de permettre la durabilité et la poursuite de la recherche et du développement », indique-t-on.


Les prévision de l'activité de BIG. Source des informations: les archives du site aujourd'hui mis hors ligne.


Des personnalités éclectiques et d’anciens collègues de Machhour

Si le mystère demeure autour des réels bénéficiaires de BIG, on sait par contre, d'après la page du site internet à laquelle nous avons eu accès, qu'un conseil d'administration a bien été désigné. Celui-ci prend la forme d'un International Advisory Board (ou Conseil consultatif international). Une appellation ronflante qui permet ainsi d’évacuer la question des réels promoteurs de BIG.


Extrait de la liste des membres du board de BIG. Source: capture d'écran des archives du site aujourd'hui mis hors ligne.


Premier de cordée, on retrouve tout d'abord et bien évidemment Sam Machour (Samir Machhour) présenté sous l'identité qu'il use à l'étranger. Sa biographie, présentée pour l'occasion, se garde de mentionner son actuel poste de vice-président senior de Samsung Biologics, se contentant de rappeler ses passages à Pfizer, GSK, J&J, Lonza et Becton Dickinson. Sa qualité de membre de l'Africa CDC Partnerships for African Vaccine Manufacturing (PAVM) est soulignée, coalition continentale que BIG envisage de coiffer au poteau.


Aux côtés de Machhour, une surprenante présence : celle du Danois Per Wimmer, philanthrope, homme d’affaires, ancien de Wall Street et occasionnellement astronaute, ayant côtoyé, pour cette passion le milliardaire Richard Branson, patron de Virgin.


Autre nom : Cristina Serra, ayant plusieurs homonymes et difficilement identifiable. On retiendra cependant qu'une Cristina Serra occupe actuellement le poste de Global Program Regulatory Director chez Novartis, en Suisse. Elle avait par le passé effectué un passage chez GlaxoSmithKline et Sanofi Aventis.


Quatrième conseiller : Dr. Jay Fishman, actuellement patron du centre de transplantation et de maladies infectieuses au Massachussets General Hospital. Il enseigne par ailleurs à Harvard Medical School, où Machhour affirme avoir fait ses classes.


S’en suit Gabriel Zenker, actuellement président de la division des injections chez le laboratoire Aptar, ancien de Becton Dickinson comme Machhour ou encore Sylke Hassel, CEO de PharmaZell Group, ancienne de Lonza où « Mr Vaccins » du Maroc a officié en tant que responsable qualité.


On retrouve aussi Chris Satovick, aujourd'hui vice-président de First American Title, mais aussi d’autres noms que nous n’avons pas réussi à identifier : Rohti Jan et Fernandes Fernando.


Un éventail de personnalités dont la plupart, comme on le relève, ont été des anciens collègues de Samir Machhour au sein de différents groupes pharmaceutiques.


Deux autres noms, agissant cette fois-ci dans la diplomatie d’influence, figuraient dans la version hors-ligne du site avant d’en être retirés, mais dont Le Desk a repéré la trace à partir du code informatique source de la plateforme. Il s’agit de Peter Pham et Robert Wexler.


Source: Code source informatique du site de BIG aujourd'hui mis hors ligne.


Le premier est un indéfectible allié américain de la diplomatie marocaine. Proche des milieux sécuritaires, il a souvent été la voix de Rabat au sein de la galaxie trumpienne.


De mars 2020 à janvier 2021, il occupait le poste d'Envoyé spécial pour la région du Sahel, après avoir vu sa nomination en tant que secrétaire adjoint pour les affaires africaines bloquée au Département d'État américain, en raison d'une levée de boucliers de la part du sénateur de l'Oklahoma, James Inhofe, réputé pour ses positions pro-Polisario. Dans une liste que nous établissions des personnes-clés dans les relations Rabat-Washington, sous Trump, Peter Pham figurait en bonne place parmi les figures proches de Rabat.


Pour ses positions pro-Maroc, il n'est pas rare de trouver Pham souvent cité par l'agence de presse officielle MAP, comme en mai 2018 où il saluait la décision du Maroc de rompre avec l'Iran, affirmant que le Hezbollah soutient le Polisario reprenant ainsi la thèse souvent défendue par Rabat.


Quant à Robert Wexler, c’est un habitué des cercles de pouvoir rbatis. Ancien membre démocrate de la Chambre des représentants des États-Unis, il avait notamment été accueilli par Nasser Bourita, au siège du ministère des Affaires étrangères, en tant que membre du S. Daniel Abraham Center for Middleast Peace, un lobby qui dit agir en faveur de la conclusion d’une paix durable entre israéliens et palestiniens.



Deux figures américaines, loin du sujet des vaccins, mais partageant un point en commun avec Rahhal Boulgoute, le primo-associé de Machhour, à la création de MarocVax : Boulgoute s’active assidûment pour le compte de la diplomatie marocaine pour construire ambassades, consulats et bâtiments officiels promis par le Maroc à ses alliés africains, en échange d’un soutien pour la cause du Sahara.



En Suisse, Machhour se fait entourer de personnalités éclectiques. Crédit : Mohamed Mhannaoui / Le Desk


PARTIE II

Sensyo, une histoire personnelle pour Samir Machhour


Bio Investment Group, partenaire de Sensyo

Hormis la similitude des informations sur BIG et Sensyo Pharmatech, mais aussi la concordance des vaccins recherchés par les deux structures, il n’existe, à notre connaissance aujourd’hui, aucun lien capitalistique entre les deux sociétés. À peine sait-on, de manière avérée, que chacune sera dépendante de l’autre : À BIG domiciliée en Suisse, reviendra le rôle d’acquérir les licences de vaccins auprès des laboratoires concepteurs mais aussi et surtout les transferts de technologie, laissant à Sensyo Pharmatech la tâche de les fabriquer dans sa future usine de Benslimane.


Entre BIG et Sensyo Pharmatech, une autre société cependant s’invite. Son nom : Sensyo Inc. Et pour cette fois-ci, il y a bel et bien un lien direct entre la structure et … Samir Machhour, remontant, selon nos recherches, au début des années 2000.


De Sensyo Inc, on sait tout d’abord que son nom et son logo sont des noms déposés par « Sam MacHour » (autre identité de Samir Machhour) depuis 2004.


Déposée en 2004, la marque Sensyo subira un changement au niveau des couleurs du logo en 2006. Source: Wipo Global Brand


Un site internet, qui était encore en ligne début juin, est disponible : Sensyo.com, enregistré dès 2004, et par lequel on découvre que BIG est le partenaire de licence de Sensyo.


« Sensyo est la plateforme de transfert technologique de choix pour Bio Investment Group. L'organisation mobilise un investissement de 700 millions de dollars d'un consortium de banques et de fonds souverains pour créer une infrastructure biopharmaceutique durable en Afrique », peut-on lire sur son site sans que le Maroc y soit nommément cité.


Crédit : Sensyo.com


« L'entreprise implique le transfert de technologie nécessaire pour produire au moins 20 vaccins et produits biologiques d'ici 2024. Le résultat sera une infrastructure de recherche et de production basée en Afrique capable de fournir à l'Afrique 60 % de ses vaccins nécessaires d'ici cinq ans et 90 % d'ici 2030 », poursuit-on.


Autrement dit, exactement le même projet que celui porté par Sensyo Pharmatech.


Du site internet, on relève qu’il est question d’installer une « marketplace » pour les vaccins mais aussi et surtout pour les licences de transfert de technologie. « En créant une marketplace pour l'innovation en sciences de la vie, Sensyo facilite l'avancement continu de la technologie biopharmaceutique », ajoute-t-on. « Notre marketplace sécurisée protège la propriété intellectuelle des institutions de recherche, vous permettant de tirer profit de vos innovations. Ces bénéfices peuvent ensuite financer d'autres investissements dans la recherche et le développement », indique toujours le site internet créé par Machhour.


Site de Sensyo


La plateforme, nouvellement reconfigurée, liste ce qui est présenté comme étant le réseau de recherche de Sensyo : plusieurs universités des quatre coins du globe, sans que l'on sache véritablement s'il s'agit effectivement de partenaires ou simplement de cas illustratifs.


Enfin, comme pour BIG, un staff est dressé : il ne comporte, cette fois-ci, que trois personnes : Sam MacHour (pour Samir Machhour), Chris Satovick, que nous avions déjà repéré chez BIG, un certain Rob Thomas qui indique sur son profil Linkedin travailler pour Sensyo depuis 2019, et enfin Alex Butler, ayant une expérience de près de cinq ans chez l'Américain MasterControl, et indiquant sur Linkedin travailler en solo depuis août 2015...


The Sensyo Management Team. Crédit : Sensyo.com


Si le site a tout l’air d’être inachevé, certaines pages renvoyant vers des liens morts, tout indique cependant qu’il s’agit d’un vieux projet. Le logo, présent aujourd’hui sur Sensyo.com, est inscrit, comme dit plus haut, depuis 2004. Une date qui correspond aussi à l’enregistrement du site.


Le Desk a eu accès aux archives de Sensyo.com, permettant de visualiser des versions antérieures du portail, avec toujours le même logo pointant vers Samir Machhour.


Page d'accueil de Sensyo.com. Source: Capture d'écran des archives du site de Sensyo.com datés de septembre 2004.


Sur ce site internet, on peut lire que « fondée en 1989, Sensyo est un fournisseur international de services de réglementation, de conformité, de validation et de solutions commerciales technologiques pour les industries pharmaceutique, biotechnologique, alimentaire et de dispositifs médicaux ». En somme, une activité que semble couvrir Samir Machhour, depuis ses années canadiennes et utilisant ainsi Sensyo, comme cabinet privé, pour officier auprès de ses clients.


Description des activités de Sensyo. Source: Capture d'écran des archives du site de Sensyo.com datés de septembre 2004.


Deux produits sont présentés par Sensyo : « Sensyo Compliance, » offrant une assistance dans les procédures et Sensyo Technologies fournissant un système d'information portant le nom de SmartAdvance, automatisant les processus pour améliorer les performances.


Toujours en septembre 2004, on signale qu'au cours des trois derniers mois, Sensyo a procédé à une refonte importante de ses services et de son identité de marque afin de mieux répondre aux besoins de la communauté des sciences de la vie qu'elle dessert.


Sensyo, nom fétiche des Machhour

Bien avant d’être Sensyo Pharmatech, projet porté aujourd’hui par des institutionnels, Sensyo était donc un projet personnel de Samir Machhour.


Dans le détail, il s’agit en fait d’un cabinet privé ayant tout d’abord vu le jour au Canada, créé à l’initiative de Machhour. Il le transférera plus tard au Delaware, avant d’ouvrir quelques années plus tard un bureau de représentation en France, toujours sous le même nom.


Le cabinet de représentation Sensyo Inc en France. Crédit : Registre de commerce français


Jusqu’à tout récemment, dans ses interviews et portraits dans la presse marocaine, Samir Machhour continuait de se prévaloir du titre de CEO de Sensyo, présentée alors comme étant une « multinationale américaine », n’hésitant pas d’ailleurs à le conserver sur certains de ses réseaux sociaux, dont notamment ce compte créé sur la plateforme Slideshare.


Dans une autre vie, « Mr Vaccins du Maroc » s’était associé en 2004 avec son frère Wahid Machhour, pour… lancer un salon de beauté, présenté comme clinique du corps à Montréal. Le projet était porté par la société Sensyo Spas Inc. Le salon en question changera de nom quelques années plus tard, pour devenir Lipoderma, et ensuite Réflexologie Footsie. Il est à noter que sur ses réseaux sociaux, Wahid Machhour indique toujours avoir été en charge du développement et de la communication de Sensyo Spas…


Biographie Facebook du frère de Samir Machhour, associé dans Sensyo Spas.


Autrement dit, un nom fétiche pour Samir Machhour qu’il utilise depuis sa petite affaire familiale de salon de beauté au Canada jusqu’à une autre plus personnelle couvrant la pharmaceutique, et qui a fortement inspiré celui de Sensyo Pharmatech, entreprise portant l’actuel projet national d’unité de fabrication de vaccins du Maroc.


Photo Google Street View de 2011 montrant la clinique Lipoderma à Montréal, appartenant à Wahid Machhour, et ayant remplacé Sensyo Spas.



Business des vaccins: Samir Machhour présent à tous les étages. Crédit : Mohamed Mhannaoui / Le Desk



Mais au-delà de l'existence de Bio Investment Group mais aussi de l'implication du cabinet privé de Machhour, Sensyo, dans le projet, d'autres facettes de ce chantier demeurent empreints de mystères. Nous y consacrerons notre prochaine enquête « Grand Angle ».

Mis à jour : lien pour consulter la deuxième partie de notre enquête.

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