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19.10.2019 à 15 H 28 • Mis à jour le 19.10.2019 à 15 H 28
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n°537.En quoi l’affaire Hajar Raissouni a finalement servi l’Etat contre les islamistes

Conservateur austère, idéologue influent de la galaxie islamiste qatarie et critique virulent du Trône, Ahmed Raissouni a été la cible principale et presque invisible du tourbillon judiciaire déclenché sur sa nièce Hajar. En accordant sa grâce à la journaliste tout en la privant d’un procès équitable, la monarchie a voulu capitaliser sur la mobilisation des réformateurs dans sa lutte contre ses opposants islamistes

Hajar Raissouni est libre, mais n’a pas été innocentée. La journaliste de 28 ans a été libérée le 16 octobre à la faveur d’une grâce exceptionnelle du roi Mohammed VI, moins de trois semaines après avoir écopé d’un an de prison ferme pour « avortement illégal » et « relations sexuelles hors mariage ».  


Dans son calvaire, elle a subi une triple peine. Celle d’être une femme dont les droits fondamentaux ont été bafoués par des lois rétrogrades et une justice d’abattage, celle d’être une journaliste qui appartient à un média conservateur et poil-à-gratter depuis longtemps dans le collimateur des autorités, et enfin, et bien plus encore, celle d’appartenir à un clan familial dont le patriarche, théologien islamiste orthodoxe, exaspère le pouvoir.


La grâce royale dont elle a bénéficié, mais qui ne l’absout pas pour autant des accusations qui lui ont été portées, ne doit pas oblitérer la complexité de son cas, tant les arguments brandis par ses défenseurs, bien que sincères pour la plupart, ont souvent été antinomiques, parcellaires, orientés, travestis…  Si elle a été avant tout la victime expiatoire d’un Etat broyeur d’opposants, de militants, de refuzniks, de contradicteurs ou d’esprits libres, celui-ci a trouvé aussi des alliés objectifs dans son action de récupération, surtout dans les rangs dispersés de ceux qui ont défendu la journaliste.


Un militantisme dépolitisé servant d’alibi à l’Etat

Pour sa première peine, Hajar Raissouni a été la proie d’un Etat arbitraire qui déclenche des lois liberticides pour régler ses comptes politiques. Le bâtonnier Me Abderrahim Jamaï en a rappelé l’égarement dans sa lettre au procureur général du roi, Mohamed Abdennabaoui, technicien hors-pair quand il s’agit d’habiller la violence de l’Etat des oripeaux de la légalité.


Dans le registre des libertés, nombre de figures publiques, d’ONG, de journalistes, de groupes de pression, de mouvements libertaires sont montés au créneau, notamment pour dire que la société marocaine avait un train d’avance sur ces lois et qu’il est grand temps de les réformer. Le Manifeste des « 490 », lancé par les romancières Leïla Slimani et Sonia Terrab en a donné le plus d’écho à l’étranger, notamment en France, sa démarche s’inspirant du « Manifeste des 343 » femmes qui, en 1971, dans Le Nouvel Observateur, déclaraient qu’elles avaient avorté, en contravention avec la loi française d’alors, contribuant à la dépénalisation, deux ans plus tard, par la loi Veil…  Il dit une partie de la vérité, sur ces lois d’un autre âge, l’autre plus sombre, sur leur usage machiavélique, est à peine évoquée, au nom d’un malheureux militantisme dépolitisé. « On aurait pu parler de politique, de religion, du Hirak, sauf que nous ne sommes pas des activistes », a admis Sonia Terrab dans un entretien à TelQuel. Avant elle, au sujet du Hirak rifain, Slimani avait déclaré : « Ah non, je fais le débat, par contre le Rif je ne connais pas (…) Je ne connais pas malheureusement les tenants et les aboutissants de ces contestations, je me renseignerai de manière un peu plus profonde, et voilà ». Une déclaration qui lui a valu une avalanche de reproches et de critiques sur les réseaux sociaux.


Hajar Raissouni à sa sortie de prison le 16 octobre 2019. AIC PRESS


Interrogée face caméra, Slimani qui fréquente le Makhzen du fait de son parisianisme, dit à demi-mots ce que son appel a largement évacué. Peu importe, Le Monde en a fait son édito essentiellement sur la thématique des libertés individuelles bafouées au Maroc, déclenchant ainsi l’intérêt de la presse française pour le cas Hajar. Naïfs sont ceux qui ont vu dans l’initiative des outlaws un acte de sédition, le Makhzen a du malgré tout jubiler sous cape, car contrairement à l’idée en vogue, il est loin de s’être « tiré une balle dans le pied »  : Le discours officiel prétend depuis toujours que la progression des libertés individuelles n’est entravée que par la résistance farouche d’une société conservatrice travaillée par l’influence des islamistes.


L’ancien ministre de la Justice, Mohamed Aujjar l’a d’ailleurs exprimé sans détours dans un entretien accordé à l’agence espagnole EFE, quinze jours à peine avant l’arrestation de Hajar Raissouni. Mohammed VI est le premier à vouloir faire du royaume « une monarchie parlementaire, démocratique et sociale », un « défi historique » pour lequel il faut «  préparer la société », a-t-il dit. Ainsi, le Maroc est « engagé et veut faire partie du nouveau monde, mais en tenant compte du tissu social », a-t-il soutenu, concédant que « l’Union européenne est le système de valeurs que nous partageons, et nous y préparons la société, mais c’est une société très attachée à certaines traditions, qui est dans une région traversée par le fondamentalisme et l’obscurantisme ». Il ajoutait à cette occasion que l’abrogation des lois criminalisant certains aspects de la vie privée « n’est pas pour demain », car pour cela « nous devons préparer la société progressivement et sans heurts ».

 

Le communiqué du ministère de la Justice annonçant la libération de Hajar Raissouni suit parfaitement cette logique. « Cette grâce royale s’inscrit dans le cadre de la compassion et la clémence reconnues au Souverain et du souci de SM le Roi de préserver l’avenir des deux fiancés qui comptaient fonder une famille conformément aux préceptes religieux et à la loi, malgré l’erreur qu’ils auraient commise et qui a conduit à cette poursuite judiciaire », indique le communiqué.


Au sommet de l’Etat, les mots sont choisis. Le roi accorde sa miséricorde à des fiancés respectueux des constantes religieuses et de la loi mais qui se seraient égarés et commis une « erreur » et non un crime que la justice sera bien incapable de démontrer. Le pardon se fonde alors sur la rédemption d’un couple qui avait assuré vouloir officialiser son union légale et non pour son droit à la liberté de mener comme il l’entend sa vie intime. Ainsi, le débat sur l’avortement (que l’accusée et son médecin ont toujours nié) et sur les libertés individuelles (relations hors mariage dans ce cas), est renvoyé à la société et ses institutions, tandis que le procès né d’une instrumentalisation a été enrayé par le roi-arbitre, alors qu’un appel était interjeté par la défense.


Le souverain a pris sa décision « sans entrer dans le débat souverain que les citoyens marocains mènent sur l’évolution de leur société et dans lequel se sont invités, de façon regrettable, certains étrangers, intellectuels, médias et ONG », a déclaré une source gouvernementale à l’AFP pour bien affirmer que le roi se place au-dessus de la mêlée.


De cela, la victoire clamée par le camp des « progressistes » a un goût amer : certains d’entre eux ont affirmé sans convaincre avoir fait plier le pouvoir, alors que celui-ci s’est servi de leurs actions sagement rebelles pour se parer des atours de la magnanimité. En 2015, Mohammed VI n’avait-il pas fait savoir que «  la problématique de l’avortement clandestin » doit être  abordée, « dans le cadre du respect des préceptes de la religion islamique », mais aussi en tenant compte « des vertus de l’Ijtihad et de l’accompagnement de l’évolution que connaît la société marocaine et de ses aspirations, tout en respectant son unité, sa cohésion et ses spécificités » ?


Un théologien influent et honni par le régime

Manifestement filée et surveillée par l’appareil sécuritaire, tout autant que son compagnon soudanais Rifaat Al Amin, militant associatif au sein d’organisations affiliées à la galaxie d’influence qatarie, Hajar Raissouni a été visée car prise pour le maillon faible d’un clan associé autant à Akhbar Al Yaoum, quotidien qui a servi la cause d’une frange du PJD, qu’à sa filiation avec un théologien au statut international mais en délicatesse avec la monarchie.


Cet oncle, Ahmed Raissouni, 66 ans, a succédé en novembre 2018 au célèbre prédicateur égyptien Youssef al-Qaradawi à la tête de la puissante Union internationale des oulémas musulmans (UIOM) basée à Doha. « Ce religieux proche du Qatar et de Tariq Ramadan dérange à la fois les royaumes marocain et saoudien », peut-on lire dans son portrait brossé par Jeune Afrique à l’occasion de sa désignation à la tête de l’UIOM.


Ahmed Raissouni en compagnie du cheikh Youssef al-Qaradawi, prédicateur sunnite d’origine égyptienne et Frère revendiqué, exilé au Qatar depuis 1970 et qui officie en télécoraniste attitré d’Al-Jazeera. Archives


Raissouni a cofondé et dirigé de 1996 à 2003 le Mouvement unicité et réforme (MUR), matrice idéologique du Parti de la justice et du développement (PJD) qui dirige depuis 2011 la coalition gouvernementale et dont le Palais veut fermer la parenthèse au pouvoir ouverte à la faveur les Printemps arabes.


Ce mouvement, il l’a créé notamment aux côtés de Saâdeddine El Otmani, actuel chef du gouvernement et son prédécesseur, Abdelilah Benkirane. L’orthodoxie de Raissouni avait, au sein de cet attelage, donné corps à la doctrine religieuse et de pensée du MUR et par conséquent a fortement influencé celle du PJD. Chroniqueur d’Attajdid, le journal islamiste du PJD (disparu en 2017), Raissouni s’attachait à son rôle de prédicateur, travaillant au corps l’électorat du parti.


Le religieux, conservateur et austère tient une ligne ambivalente et paradoxale. Dans ses écrits de référence, il tente de concilier le droit islamique à l’évolution des organisations sociales, mais dans ses positions affirmées, il s’est opposé par exemple au droit à l’accès encadré de l’avortement en plein débat national sur le sujet en 2015. «  L’avortement devrait être permis dans un seul cas. Celui des futurs militants pour la légalisation de ce dernier. Il serait convenable d’avorter ces fœtus qui lutteront par la suite pour cette question (… ) et ce afin de « débarrasser la société de leurs luttes », a-t-il déclaré dans un effrayant billet de blog qu’il a depuis dépublié mais dont on retrouve le transcript sur TelQuel. Le savant déplorait enfin que «  les avancées scientifiques ne permettent pas de les détecter en amont  ». Des élucubrations dangereuses dont on tentera évidemment de se servir dans le piège tendu à sa nièce et peu importe si elle-même, n’est ni une islamiste, ni ne défend ces idées fascistes.


Sur le plan politique, Raissouni soutient également l’idée d’une compatibilité entre la démocratie et l’islam défendant une forme de séparation des pouvoirs politique et religieux, ce qui bien entendu sera directement interprété par la monarchie comme une critique directe à son socle de légitimité, le roi, chef de l’Etat, est aussi le Commandeur des croyants. Suite aux attentats meurtriers de Casablanca du 16 mai 2003, le principal conseiller de Mohammed VI, Fouad Ali El Himma, à l’époque ministre délégué à l’Intérieur, avait ainsi personnellement reproché à Raissouni d’avoir questionné la fonction religieuse du souverain. En clair, le Palais lui imputait la responsabilité intellectuelle de ces actes terroristes.


Plus qu’aucun autre théologien marocain, désertant son pays, Ahmed Raissouni fera carrière à l’international. Il a, rappelle encore Jeune Afrique, participé en Libye à la médiation entre le chef militaire islamiste Abdelhakim Belhadj, qui a fréquenté Oussama Ben Laden avant de fonder le parti Al Watan, et le régime de Kadhafi qui l’avait jeté en prison.


Raissouni a d’abord cédé aux sirènes du wahabbisme, choisissant de résider sous l’ombrelle de la théocratie saoudienne où il a collaboré jusqu’en 2012 avec une académie de jurisprudence islamique à Jeddah. Mais il finira par se ranger dans le camp du Qatar alors que les relations de l’émirat gazier avec ses voisins saoudiens et émiratis se dégradaient.


Là, il participe activement à la propagande de ses hôtes fléchée contre les autres monarchies du Golfe et se rapproche ainsi d’al-Qaradawi, prédicateur sunnite d’origine égyptienne et Frère musulman revendiqué, exilé au Qatar depuis les années 70 et où il officie en télécoraniste attitré d’Al Jazeera. Il est aussi régulièrement cité par Tariq Ramadan, qui l’invite souvent dans son Centre de recherche sur la législation islamique et l’éthique (CILE), installé lui aussi à Doha.


Al Qaradawi et la Cheikha Mozah du Qatar en compagnie de Tariq Ramadan. Ce dernier avait été arrêté et emprisonné en France en janvier 2018 pour viol. YOUTUBE


Dans l’affaire Hajar Raissouni, la personnalité du prédicateur, bien que citée, a été reléguée au second plan au moment même où tout le monde s’accordait à dire qu’elle était politique et sujette à machination.


La défense de la journaliste, orchestrée par son autre oncle, Soulaiman Raissouni, rédacteur en chef d’Akhbar Al Yaoum, mais réputé d’obédience marxiste, n’a pas voulu se porter sur ce terrain miné, échaudée par le précédent procès qui a mené Taoufik Bouachrine, fondateur du journal, à la case prison suite à des accusations de viols. Ainsi, dans sa stratégie, la défense de Hajar a rejeté l’accusation de « débauche », mais plutôt que de brandir avec vigueur les principes de libertés individuelles que d’autres ont fait à sa place, elle a insisté sur un mariage coutumier en cours d’officialisation, offrant ainsi les clés au Makhzen pour édicter sa fatwa justifiant la grâce royale.


Elle a réfuté « l’amalgame » avec cet influent oncle islamiste adoubé par le Qatar et connu pour ses positions anti-avortement, et s’est davantage attachée à marteler que l’accusée était essentiellement prise pour gibier pour ses écrits sur le Hirak du Rif. Au plus fort de la contestation, soit de novembre 2016 à fin mai 2017, date de l’arrestation de son leader Nasser Zafzafi, la journaliste d’ Akhbar Al Yaoum travaillait pour d’autres médias, à la rédaction d’ Attajdid puis à Al Ayam, s’intéressant plutôt à des sujets sociaux bien moins radioactifs. Elle a suivi par la suite les procès des activistes rifains dans Akhbar Al Yaoum et visité Al Hoceima pour couvrir les protestations, autant que d’autres journalistes. Elle s’est certes distinguée plus récemment par une interview fleuve, mais surtout truffée d’anecdotes, avec le père de Zafzafi. Leur selfie, image-symbole, avait depuis son arrestation, abondamment circulé sur la Toile.


Hajar Raissouni en compagnie des parents de Nasser Zafzafi, leader du Hirak du Rif. Facebook


Hajar, porte-voix indulgente d’Ahmed

Ce que l’on sait moins en revanche et qui a assurément davantage suscité l’ire des autorités est que Hajar avait souvent relayé les positions d’Ahmed Raissouni dans ses articles, comme par exemple sur la question de la « francisation » de l’enseignement. Pour sa proximité avec al-Qaradawi, Ahmed Raissouni a été doublement inscrit (en 2014 par les Emirats), puis en 2017 sur la liste noire des « terroristes » établie par les ennemis du Qatar : l’Arabie Saoudite, l’Egypte, le Bahreïn et les Emirats arabes unis. Une mise à l’index que sa nièce Hajar a vivement contesté sur Facebook en mai dernier lorsqu’un site saoudien l’a rappelée hors contexte en citant les positions critiques du prédicateur à l’endroit du gouvernement marocain et vis-à-vis de la langue française : « Dans ce cas, nous sommes tous des terroristes », a-t-elle écrit… 


Depuis son début de carrière, la journaliste a souvent donné la parole à son oncle islamiste. Sa dernière interview, au ton indulgent, a été déclinée en 20 épisodes par Akhbar Al Yaoum tout au long de juin dernier. Le religieux y fait notamment l’apologie de son chaperon le Qatar et charge violemment l’Arabie Saoudite « dont les méfaits ont atteint le Maroc », a-t-il dit en substance. De quoi encore une fois déplaire au Makhzen qui se cherche une voie équidistante avec ses alliés moyen-orientaux.


Les déclarations anti-saoudiennes d'Ahmed Raissouni recueillies par sa nièce Hajar dans Akhbar Al Yaoum. Le lectorat du journal n'a pas été avisé du lien parental entre l'intervieweur et l'interviewé...Facebook


Ahmed Raissouni s’est très peu exprimé durant le calvaire de sa nièce. « Pour réconforter ma fille Hajar, je lui rappelle que moi aussi, j’ai été arrêté deux semaines avant mon mariage à l’été 1976, puis je suis sorti sans suivi ni accusation » a-t-il dit à Al Yaoum24. Mais les relais d’influence du Qatar à l’international se sont activement mobilisés, comme nous l’avions démontré dans nos enquêtes. D’abord par l’enrôlement d’une communicante basée à Londres proche de Doha et des Frères musulmans égyptiens, puis à travers une ONG de création récente en Suisse, connectée à ces mêmes réseaux qataris qui a saisi sept procédures spéciales du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, appelant à la libération de la journaliste. Un activisme qui a sans nul doute participé à la mobilisation en sa faveur, mais qui prouve en même temps que le signal envoyé par Rabat à son oncle a bien été reçu. En réaction à la grâce royale, ce dernier fera cette déclaration  à Al Yaoum24 reprise sur son site web : L’initiative du roi est « louable et appréciée (…) Je félicite Hajar, son fiancé, le médecin et ses assistants. Je leur dis à tous de revenir à leurs postes sains et saufs, honorés et entourés par la sympathie royale et la solidarité populaire ». Le théologien a aussi souligné que le roi « n’a pas attendu de fête religieuse ou nationale, comme il est de coutume, pour accorder la grâce royale pour les prisonniers » et qu’il a « parlé franchement de l’association légitime qui unit Hajar et son fiancé, ce que la cour a nié et ridiculisé, la considérant simplement comme une tentative d’induire la justice en erreur ».


Bien en cour, Mustapha Ramid, ministre d’Etat PJD en charge des droits de l’Homme, a poussé de son côté le MUR à plus de tempérance. Certains d’ailleurs ont perçu sa main dans la sortie très remarquée du leader du MUR, Abderrahim Chikhi, ouvrant pour la première fois la porte à un débat sur les libertés individuelles lors d’un récent colloque inédit pour cette organisation sur cette question ravivée par l’affaire Hajar Raissouni. Chikhi avait étonné son public très conservateur en affirmant que les lois qui pénalisent les relations extra-conjugales peuvent être amendées…Une ouverture que Ramid pourra exploiter dans le cadre justement de ses nouvelles prérogatives avec l’Hémicycle à la grande satisfaction du Palais.


Que reste-t-il au final après ce tourbillon médiatique et judiciaire ? Pour cet Occident, si proche et si loin, il a servi in fine à soigner l’image d’un monarque « conciliant » et « progressiste » qui court-circuite un procès inique et renvoie les islamistes et leur vision anachronique de la société dans les cordes. Sur le plan interne, Hajar Raissouni a, en réalité, fait l’objet d’une redoutable instrumentalisation qui a permis, malgré son infamie, à faire bouger les lignes sur des sujets profondément clivants pour lesquels le régime n’est pas prêt à s’exposer seul, et à promouvoir ce faisant la thèse de l’Etat voulant mettre à nu les résistances idéologiques de ses ennemis politiques au projet de société qu’il dit défendre.