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27.12.2016 à 19 H 26 • Mis à jour le 27.12.2016 à 20 H 18
Par
Editorial

Le théâtre d’ombres de la diplomatie marocaine

Abdelilah Benkirane, le 19 septembre 2016 lors de la présentation du programme électoral du PJD. Comme pour les autres partis, la diplomatie est hors-sujet. MOHAMED DRISSI KAMILI / LEDESK
Réplique « courageuse » pour certains, l’Istiqlal a indiqué que le ministère des Affaires étrangères n’avait pas « à juger des positions et décisions partisanes ». Pourtant, ces mêmes partis ont depuis longtemps accepté d’être exclus des sujets diplomatiques. Ils paient ainsi leurs renoncements jusqu’à l’avilissement

Par deux fois en l’espace de quelques semaines, le ministère des Affaires étrangères par la voix de Salaheddine Mezouar a tancé deux des principaux chefs de partis politiques sur des sujets ayant trait à la diplomatie.


Début décembre, les critiques du secrétaire général du PJD et chef du gouvernement désigné, Abdelilah Benkirane, à l’endroit de la Russie dans le dossier syrien, lui ont valu un sévère et humiliant rappel à l’ordre souvenant à l’impétrant que les relations extérieures du royaume sont du ressort exclusif du Palais.


Hier, c’était au tour de son allié politique, le secrétaire général de l’Istiqlal de subir les mêmes réprimandes sur la Mauritanie. Hamid Chabat, coutumier des sorties tapageuses en défense de la doctrine du « Grand Maroc » que son parti a inscrit au fronton de ses revendications nationalistes depuis l’Indépendance, a été passablement lynché par un communiqué signé Mezouar.


Dans sa réplique au ton impérieux, qualifiée de « courageuse » par nombre d’observateurs, l’Istiqlal a indiqué que le ministère des Affaires étrangères n’avait pas dans l’absolu « à juger des positions et décisions partisanes ».


Une mise au pas historique des partis

Pourtant, ces mêmes partis ont toujours accepté leur disqualification des sujets diplomatiques et sécuritaires. Dans aucun de leurs programmes, ils ne tracent les contours de leur vision de ce que devrait être la place du Maroc dans le concert des Nations.


Depuis Hassan II, qui avait fait de la question du Sahara un sujet aussi tabou que sacré, et un puissant moyen d’unanimisme politique, la plupart des formations politiques, à l’exclusion de l’extrême-gauche qui n’est pas associée à la chose publique, ont accepté, ventre à terre, que les orientations diplomatiques du pays soient un des principaux domaines réservés du roi.


Les exemples à travers l’histoire contemporaine du pays sont légion. Lorsque Abderrahim Bouabid, figure tutélaire de la Gauche, avait exprimé sa profonde désapprobation de voir Hassan II accepter le principe du référendum au Sahara lors du sommet de Naïrobi de septembre 1981, il avait été, avec les membres du bureau politique de l’USFP, arrêté et trainé en justice. Face à ses juges, Bouabid déclarera : « ce procès s’inscrira dans l’Histoire. La prison m’est plus agréable que de me taire et de ne pas exprimer mon opinion sur une question nationale déterminante et sacro-sainte ». Il sera avec Mohamed El Yazghi et Mohamed Lahbabi, condamné à un an de prison ferme et envoyé au goulag à Missour, « capitale des ânes ».

 

La mise au pas des partis politiques n’est plus aussi répressive, mais elle découle de la même logique lorsque le Palais juge que ces voix discordantes sont nuisibles à son action et aux intérêts supérieurs du Maroc sur la scène internationale.


Il ne s’agit pas ici de discuter de la justesse ou non des positions officielles du Palais sur ces dossiers, qui au fil des années en a sans aucun doute acquis une plus grande maîtrise en comparaison avec des partis politiques qui réduisent ces sujets à des postures de coq de combat, bombant le torse pour des raisons électoralistes ou de basse politique, mais rasant les murs dès qu’il s’agit d’en débattre avec consistance et sérieux. Premier de cordée, Benkirane, n’a-t-il pas sans cesse répété que « c’est Sa Majesté qui décide seul sur ces questions »  ?


Des élus aphones sur les questions stratégiques

C’est de cette incohérence que réside le vrai problème de perte de crédibilité de ces partis en matière de diplomatie, comme sur toutes les questions d’ordre stratégique. Ces derniers mois, les occasions ont été nombreuses de s’affirmer dans des débats d’importance. A-t-on entendu leurs voix s’exprimer autrement que part béni oui oui au plus fort des crises successives avec Paris, Stockholm, Washington, Ban Ki-moon, l’Union européenne ? Ont-ils levé le petit doigt pour demander des comptes sur l’engagement militaire du pays au Yémen ? Sur la situation illisible qui prévaut à Guerguerat et à Lagouira ? Sur l’incident de Malabo ou sur le cafouillage malgache ? Ont-ils, ne serait-ce qu’une fois, voulu interroger le pouvoir royal sur sa politique africaine, –  en particulier sur le retour du Maroc à l’UA -,  son alliance avec les pays du Golfe, voire sur le rapprochement avec la Russie ? Jamais. Ils sont par contre les premiers à défiler dans les médias pour applaudir, et justifier tout ce qui est décidé à leur insu ou conspuer systématiquement ceux qui sont pointés du doigt par le Palais sur un simple coup de sifflet. Le RNI et le MP ( d’autres suivront à n’en pas douter ) en ont encore donné le triste exemple pour finir de clouer le cercueil de l’irresponsable Chabat.


Pourquoi s’en étonner ? Comme eux, l’Istiqlal a régulièrement, à travers sa presse, participé à des campagnes haineuses contre tous ceux qui ont émis des avis divergents de la doxa officielle. Les élus en général n’ont d’ailleurs jamais fait montre de bravoure particulière au sein de la commission parlementaire des Affaires étrangères, instance vidée de toute substance et dévolue à un rôle de caisse de résonance vantant les vertus de la « diplomatie parallèle », mais dont elle ne sait, ni contrôle absolument pas les ressorts, celle-ci étant tracée et édictée en haut lieu.


Signe de cette misère ambiante, c’est à Abdelilah Benkirane, hier éreinté pour avoir blasphémé Poutine, qu’est dévolu la mission sur ordre du roi de faire acte de contrition au fin fond du désert mauritanien pour effacer l’affront stupide de son indéfectible allié à Ould Abdelaziz. Que sait-il vraiment des rapports conflictuels qui perdurent avec Nouakchott pour pouvoir en discuter en chef responsable de l’Exécutif ? Ah oui, bien sur, le ministre Nasser Bourita sur lequel il n’exerce aucun pouvoir est du voyage. Celui-ci devrait le briefer dans l’avion…Pendant ce temps, les supporters de base de Benkirane, tout aussi incontrôlés et incendiaires, sont convoqués un à un par la police pour avoir bêtement ricané de l’assassinat de l’ambassadeur russe à Ankara…