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03.06.2017 à 11 H 17 • Mis à jour le 03.06.2017 à 11 H 41
Par , et

n°157.D’où vient l’étendard du Rif, symbole exhumé par le « Hirak » ?

Selon l’agence espagnole EFE, devenu un des symboles du « Hirak », le drapeau de la république rifaine instituée dans les années 20 par le célèbre résistant à l’occupation espagnole, Abdelkrim El Khattabi, entre clandestinement au Maroc. Il serait confectionné aux Pays-Bas et acheminé « illégalement » à Al Hoceima par le réseau de la diaspora rifaine en Europe

Le drapeau de la République du Rif, l’État proclamé par Abdelkrim El-Khattabi entre 1921 et 1926 dans le nord du Maroc, est acheminé dans la clandestinité dans le pays, affirme l’agence espagnole EFE. Il est devenu un symbole d’identification des manifestations qui durent depuis sept mois dans la région, notamment dans le creuset d’Al Hoceima.


Etendard rouge, il est frappé en son centre d’un losange blanc contenant une demi-lune verte et une étoile à six branches. L’unique drapeau datant de l’épopée rifaine contre la colonisation espagnole est conservé au musée de l’armée ibérique à Tolède.


Lire aussi : La fabuleuse histoire des drapeaux marocains


Ces derniers mois, ce drapeau a envahi les rues d’Al Hoceima au cours des manifestations, alors que le pavillon rouge marocain frappé quant à lui d’un pentagramme vert a quasiment disparu de la circulation, provoquant des échanges enflammés. Certains voyant dans l’attitude des manifestants du hirak des velléités séparatistes manifestes.


A voir dans ce sens : Lors d’un des épisodes de l’émission 1 dîner, 2 cons, diffusé sur Youtube, l’activiste rifain, El Mortada Lmrachen a été pris à parti par Fettah Bennani, président de l’association Bayt al-Hikma.




« Ce drapeau représente le Rif et la gloire passée de notre peuple, alors que le drapeau marocain représente l’administration comme outil de répression », a commenté un jeune militant à EFE.


Le militant reste évasif sur la façon avec laquelle il s’est procuré un exemplaire du drapeau, que l’on ne trouve nulle part dans les commerces, ni à Al Hoceima et encore moins dans le reste du Maroc. « On me l’a donné », répond-il tout simplement, ajoutant : « Il vient de l’étranger, je pense ».


D’autres militants consultés par EFE assurent que le drapeau est confectionné aux Pays-Bas, où la communauté rifaine est la plus présente, puis transporté illégalement au Maroc par les passeurs de la diaspora. Il est ensuite stocké dans des caches secrètes, et sorti pour être brandi à chaque démonstration. Personne ne sait vraiment s’il est vendu ou offert. ( En ligne, il est par ailleurs disponible dans sa version grand format sur Amazon à 60 € l’unité).


Un emblème toléré par les autorités marocaines

Le drapeau du Rif n’est pas expressément interdit, et la police se montre généralement tolérante à son égard, mais mercredi dernier une manifestation à Rabat a été dispersée lorsqu’un militant l’a déployé devant le Parlement.


Un responsable de la police a déclaré aux médias locaux qu’il était « inacceptable qu’un tel symbole soit soulevé devant le parlement de la nation ». La plupart de ceux qui critiquent le mouvement populaire rifain jugent l’emblème comme étant un « symbole séparatiste ».


L’utilisation politique de ce symbole rifain dans les rues a débuté lors d’une marche en mars 2012. Plusieurs militants rifains avaient placé la bannière au-dessus des ruines de ce qui est considéré comme le Commandement de la République du Rif à Ajdir, lieu du quartier général de Abdelkrim.


Fait intéressant, ce drapeau n’a jamais fait l’objet d’une utilisation institutionnelle du temps de l’éphémère République du Rif proclamée par Abdelkrim, assure de Madrid, le chercheur espagnol María Rosa de Madariaga, l’un des experts les plus réputés de l’histoire du Rif.


Contacté par EFE, Madariaga estime que la création du drapeau était plus en lien avec des contingences extérieures, à savoir la volonté de Abdelkrim que sa république soit admise à la Société des Nations (SDN, ancêtre de l’ONU, ndlr). Elle devait dans ce sens être dotée d’éléments de souveraineté, comme le drapeau, la monnaie et l’armée.


Des guerrilleros rifains arborant le drapeau rouge, d’inspiration ottomane, frappé d’un carré blanc, lui-même orné d’un croissant et d’une étoile à six branches. DR


La monnaie (le riffan) n’a jamais pu s’imposer dans la région, et la peseta espagnole introduite par le Protectorat a continué à circuler dans le Rif indépendant, a souligné Madariaga.


Le drapeau conservé à Tolède est rehaussé de la profession de foi de l’Islam « Il n’y a de dieu qu’Allah, et Mohammed est son prophète », tissée de fils d’or.


Le fait est qu’aujourd’hui, le drapeau de cette république éphémère, expurgé de son mot d’ordre religieux, a acquis une nouvelle vie, un siècle plus tard. Lors des manifestations, il fait désormais partie d’un triptyque symbolique avec le portrait de Abdelkrim et le drapeau berbère tricolore, bleu, vert et jaune commun à toute l’Afrique du Nord.


Les Rifains de l’étranger ont également commencé à utiliser le drapeau d’Abdelkrim aux Pays-Bas ou en Espagne lors de leurs récentes sorties en soutien au hirak.


Madariaga souligne que le mécontentement du Rif « est très ancien, celui de se sentir marginalisé et traité comme des citoyens de seconde classe ». Et de conclure : « Il est symptomatique que ce mécontentement se manifeste aujourd’hui avec l’identification aux symboles de l’époque de Abdelkrim ».